Voici ma dernière histoire !
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MONSTRES ?Quand j'ai rencontré Linda et Tommy, j'étais dans une période de ma vie où j'avais décidé de rompre tout contact rapproché avec qui que ce soit.
Pourquoi ? Il y avait tout un tas de raisons mais je dirai que la principale était d'éviter les emmerdes. Ma mère m'avait toujours prédit un avenir solitaire, et elle n'avait pas eu tort. Quand on n'est bon qu'à attirer le malheur autour de soi, même sans le vouloir, on prend vite conscience qu'il vaut mieux rester seul.
J'habitais depuis trois mois dans un paisible quartier de Mongeain, une affreuse ville industrielle en périphérie de Tours. J'avais atterri ici par je ne sais quel concours de circonstances, et j'y étais plutôt tranquille.
Tous les habitants du patelin travaillaient dans la même usine, un gros groupe métallurgique de renommée internationale, sans aucun doute prêt à licensier tout le monde au moindre pet de travers des actionnaires étrangers.
De 8h à 18h le soir, les rues étaient désertes, ce qui m'allait très bien. Le soir, les deux ou trois rades minables qui à eux seuls éclairaient de leur néons verdâtres la rue principale fermaient leur rideau à 20h30.
Je passais mes nuits à errer dans les ruelles désertes et silencieuses, observant et admirant cette lune qui me fascinait et me terrifiait depuis toujours. Mes errances n'étaient troublées par aucun bruit, aucune pétarade de mobilette, aucun soulard offrant ses approximatifs talents de chansonnier aux riverains cherchant le sommeil.
Rien, un silence presque total, comme si j'étais le dernier habitant sur Terre.
Tout ce dont j'avais envie, ou plutôt besoin à ce moment-là.
J'avais trouvé un petit deux pièces sous les combles, dans un vieil immeuble de trois étages à la façade couverte de suie par les passages incessants des poids lourds sur la nationale assez proche. L'isolation phonique n'était pas terrible mais je n'étais gêné par aucun bruit du voisinage. A croire que j'étais seul à habiter le bâtiment. Pourtant, il y avait quelques noms sur les boîtes aux lettres. Je ne croisais jamais personne, sûrement à cause de mes horaires, inexistants il est vrai, mais différentes de celles des gens du coin, qui se levaient et se couchaient avec les poules.
J'étais venu ici avec l'espoir de ne rencontrer personne, de ne surtout pas m'attacher à qui que ce soit, et les habitants du coin semblaient poursuivre le même but.
Linda m'est apparue un matin, vers 9h30. Une pluie fine et huileuse avait rendu les trottoirs glissants, et je marchais en fixant mes pieds, un journal sous le bras. Le ciel était gris comme une vieille cuvette de WC et une brise pénible agitait les pans de mon manteau.
Alors que j'étais perdu dans mes pensées nostalgiques, une forme grise s'est dessinée devant moi, et quand j'ai relevé la tête, un frisson a ratatiné mes testicules. Un énorme chien loup fonçait sur moi, grondant comme un dragon des temps anciens, les crocs sortis comme pour me prévenir de ses attentions. A vingt mètres derrière lui, floue sous le rideau de l'eau qui tombait du ciel, une silhouette courait maladroitement : une femme perchée sur des talons hauts, criant après la bête féroce qui s'apprêtait de toute évidence à me pratiquer une deuxième bouche juste sous le menton.
Quand on réfléchit après coup à ce genre de situation, on se dit qu'on aurait dû faire ci ou ça, sauter de côté, bander ses muscles et balancer un coup de pied, ou tout simplement se tirer en courant.
Mais quand ça arrive vraiment, on ne peut rien faire.
Et c'est ce que j'ai fait. Rien.
Aucun mouvement pour éviter l'attaque. Je me suis figé sur place, frappé de stupeur et résigné par cette terrifiante vision d'une bête au poil noir m'ayant de toute évidence confondu avec une balle de tennis à moitié déchiquetée.
Un cri de fillette jaillit de mon estomac, et le monstre a bondi sur moi, me renversant au sol comme une pancarte en carton balayée par un coup de vent. Mon bassin heurta le béton, et j'eus le souffle coupé ! J'avais l'impression d'avoir reçu un coup de poing dans l'estomac par un gus ayant plus de kilos que de centimètres. Les griffes épaisses de la bête s'accrochèrent à mon écharpe et une langue gluante et chaude vint lécher mes joues mal rasées.
Alors que je m'attendais à sentir mon sang couler à flot de ma gorge déchirée, ou à dire adieu à mon nez un peu crochu, arraché d'un coup de dent rapide, je me rendis compte que le cerbère me faisait la fête, et prenait plaisir à recouvrir mon visage de bave, comme si j'étais son maître disparu depuis dix ans. Il puait vraiment de la gueule. Une odeur de pâtée pour chien non digérée qui me fit sentir le poids de mes tartines au chocolat du petit déjeuner dans mon estomac au bord de la révolte.
Une voix féminine un peu rauque interpella le chien, et celui-ci recula, la langue pendante, comme s'il souriait pour s'excuser de son élan fougueux à mon égard.
C'est là que je vis Linda pour la première fois, et j'oubliai à l'instant le goût amer de la salive du chien sur mes lèvres frémissantes.
Elle était assez grande, vêtue d'un pardessus noir et de bas couleur chair. Sa tête magnifiée par une épaisse chevelure bouclée et noire comme un jus d'olives siciliennes, encadrant un visage aux traits méditerranéens, épais mais élégants. Exactement mon type de femme ; une vraie beauté latine, qui me fit me rendre compte que je n'avais pas vu de belle femme depuis mon arrivée à Mongeain. Et ses yeux, mon Dieu ses yeux... deux magnifiques rubis, noir et profonds, qui me transpercèrent telle une lame de couteau dans une motte de beurre fondu.
Ma mère avait pour habitude de dire qu'on pouvait savoir ce qu'une personne pensait de soi rien qu'en lisant dans ses yeux. Encore fallait-il savoir le faire.
Quand mon regard croisa celui de Linda, je compris à quel point ma défunte maman avait raison. Derrière la gêne et l'affolement, les yeux de Linda cachait une sorte d'envie, une lueur sombre qui paraissait dire : je te désire, tout de suite, rien que ça, trente secondes après m'avoir vu pour la première fois, comme si quelque chose en moi l'avait attiré. Quelque chose de bien particulier.
Quand j'ai senti ça, j'ai eu envie d'elle, de sa peau, de sa bouche, de tout son corps, tout de suite. Ce sentiment m'a un peu déstabilisé, et je crois que j'ai rougi.
On parle toujours du coup de foudre en rigolant, mais à ce moment-là, j'ai bien cru qu'une flèche enflammée avait transpercé nos deux cœurs et qu'elle y était restée bien plantée. Cette magnifique inconnue allait se pencher vers moi, essuyer la bave immonde qui maculait ma peau, avant de m'embrasser avec une langue dont je brûlai de connaître la saveur.
Elle m'aida à me relever en s'excusant (je sentis son parfum, un parfum qui me rappela l'odeur des mûres sauvages), puis sermonna son diable de chien, comme pour me prouver que malgré les apparences, c'était un animal bien élevé.
Après ces légères remontrances, le cabot dû se sentir libéré de toute culpabilité, et il revint à la charge, me gratifiant de ses deux pattes (grosses comme les miennes) sur mes épaules, la queue frétillant dans tous les sens, m'appréciant de toute évidence plus que de raison. Sa maîtresse fit des pieds et des mains pour le contenir, mais il n'y avait rien à faire, ce clébard était tombé fou amoureux de moi.
Nous avons rigolé et je lui ai dit mon nom (Mathieu). Après avoir échangé une longue poignée de mains durant laquelle je savourai le contact de sa peau douce et tiède, elle me proposa d'aller boire un verre, ce que j'acceptai sans broncher. Je crois bien que c'était la première fois qu'une femme me demandait ça. Je veux dire, une femme que je ne connaissais pas deux minutes auparavant.
Au café, je l'ai dévorée des yeux, sans pouvoir m'en empêcher. Il y avait vraiment quelque chose d'incandescent dans son regard. Ça me fascinait, comme la flamme d'un feu peut fasciner un gamin pendant des heures, pourvu qu'il ait un bon stock de vieux papiers à brûler.
Après quelques cafés, nous commandâmes des trucs plus corsés, Linda de la vodka et moi du whisky. Le patron du bar, déjà éberlué de voir deux clients à cette heure-ci dans son bar, le fut encore plus en nous voyant engloutir des verres entiers d'alcools forts. Linda avait une sacrée descente, presque aussi facile que la mienne.
Midi approchait, avec son flots de travailleurs en pause déjeuner, et nous décidâmes de partir, après avoir laissé une jolie somme au barman. Linda refusa que je règle le tout et elle laissa un généreux pourboire. Le patron n'osa même pas la remercier. Avait-il vu comme moi ?
Alors que nous nous apprêtions à sortir, une petite voix en moi me conseilla de tout faire pour ne pas laisser à Linda l'espoir d'un éventuel autre rendez-vous, mais j'étais dans une sorte d'état second, et j'ignorai cette voix, ce que je devais regretter par la suite.
Nous avons fini par atterrir chez moi. Je m'excusai pour le bazar mais elle m'ignora, trouvant sans doute la formule trop clichée. Elle retira sa veste et s'installa sur le sofa, sans rien me demander. Etait-elle grisée ? C'était invisible. Quant à moi, j'avais les jambes de plus en plus légères, ce qui chez moi signifie que j'ai encore un peu de marge avant de me mettre à réciter des âneries.
Tommy bondit près de sa maîtresse et se mit à gratter la housse de mon vieux sofa, avant de s'allonger avec lourdeur, le museau entre ses grosses pattes, ce qui nous amusa. Je lui mis un peu d'eau dans un bol et Linda me remercia pour ma gentillesse. Après tout, ce chien que je traitai en hôte de marque avait bien failli me briser le coccyx.
Nous eûmes une discussion passionnante, faite de tout et de rien, des heures durant, et nous vidâmes une pleine bouteille de Martini rouge. Je fumais cigarette sur cigarette en écoutant Linda me raconter sa vie, son travail de collectionneur d'œuvres d'art, les différentes villes où elle avait vécu, les livres et films qu'elle avait adorés... Une riche conversation à bâtons rompus entre deux personnes attirées l'une par l'autre et se découvrant, ayant tout un tas d'années de retard à rattraper et à résumer avec des mots.
Linda me posa quelques questions sur ma vie, mais j'essayai de rester évasif, et je la relançais sur sa vie à elle.
Qu'aurai-je pu lui dire sur moi ?
L'alcool aidant, nous nous sommes rapprochés au fil des conversations, et nous avons fini par flirter, passionnément. Cela ne m'était pas arrivé depuis des années. Et Dieu, que c'était agréable de sentir que je lui plaisais.
Tommy nous fixait d'un air piteux, une oreille dressée et l'autre pliée. Je le surveillais du coin à l'œil, pour voir s'il me permettait de me rapprocher de sa maîtresse.
Quand nous nous sommes dirigés vers ma chambre, Tommy nous a suivi, excité par ce regain de mouvement de notre part. Linda le bloqua sur le pas de la porte, et lui jeta un étrange regard, très noir. Le chien miaula, comme un vieux chat, et disparut dans le salon, la queue entre les jambes.
Linda ferma la porte derrière elle et commença à se déshabiller, tout en s'approchant de moi, à pas lents, son regard dans le mien, presque hypnotique.
Je reculai et heurtai le lit, sur lequel je tombai assis, pétrifié par la vision de cette déesse aux cheveux noirs et fous comme les serpents des gorgones. J'en oubliai de me déshabiller.
Elle retira son pull et ses seins m'apparurent, libres et beaux comme seuls des seins savent l'être parfois, puis elle fit glisser sa courte jupe de laine, lentement. Elle ne portait rien en dessous, si ce n'est ses deux bas couleur chair qui lui arrivaient à mi-cuisse, et qu'elle fit glisser le long de ses jambes musclées, légèrement nacrées. Mon érection devait être visible à travers mon pantalon, car c'est ce point précis de mon anatomie que Linda fixa en se penchant sur moi. Elle serra mon sexe à travers le velours, puis le fit sortir avec douceur. Après l'avoir caressé avec aisance, elle le fit glisser dans sa bouche et se mit à le sucer, doucement, en serrant fort ses lèvres autour de ma verge dure comme du granit. Je sentis comme un souffle d'air brûlant envahir mon bassin, et je me laissai aller à son talent.
Ses mains libres firent glisser mon pantalon le long de mes jambes, et je sentais le dessous de ses jolis bras caresser le haut de mes cuisses. Je frissonnai.
Alors que j'étais prêt à jouir dans sa bouche, dépossédé de toute volonté, elle libéra mon pénis de sa gangue de plaisir et se redressa vers moi. Elle lécha mon ventre et mes tétons, remonta vers mon cou, mon oreille, puis vint m'embrasser avec ardeur, ses mains expertes dirigeant en elle mon sexe prêt à éclater.
Elle me fit l'amour comme jamais on ne me l'avait fait, comme s'il ne nous restait plus que ça à faire dans notre vie, et alors que je jouissais, perdant pied avec la réalité, je sentis une douleur aiguë dans ma gorge.
Arrêtant mon va-et-vient entre son bassin écartelé, je la repoussai et découvris avec stupéfaction quelques gouttes de sang sur ses lèvres, gonflées par le plaisir. Un filet rouge courait de la commissure des deux sillons rougeâtres vers la pointe de son petit menton. Mais le plus inquiétant, c'était ses dents. Et au moment où je crus voir... elle ferma la bouche.
Ses yeux étaient écarquillés, les traits de son visage légèrement déformés, et j'eus peine à la reconnaître. Un instant, j'ai même cru que son visage allait se tordre de haine et qu'elle allait finir ce que son chien avait eu l'intention de faire lors de notre rencontre.
Elle haletait.
Je la fixai, les yeux ronds, mon sexe toujours enfoncé en elle.
Brusquement, elle se détacha de moi et partit s'enfermer dans la salle de bain, me laissant abasourdi, tout nu sur mes draps froissés, le sexe toujours en érection malgré la rupture.
Je l'entendis pleurer doucement, puis elle fit couler l'eau de la douche.
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