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 DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...

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LouVanHille
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MessageSujet: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Ven 3 Sep 2004 - 2:56

Hallucinations... Voix dans la tête... Quand une vie tranquille et paisible devient un véritable enfer pour moi... Mais pas pour les autres... Jusqu'au cela mène-t-il ? Folie ? Meurtre ? Suicide ? Autre ?...

Je sais, c'est un peu difficile comme thème mais comme vous avez vraiment fait des textes supers avec le premier thème, je vous fais confiance pour la suite !
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Psycho666
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Dim 5 Sep 2004 - 17:22

Je me lance dans cette aventure. Donc j'attend votre avis avec impatience happy05 et n'hésitez pas à dire le bon happy30 comme le mauvais. signe07ooops

Ville pourrie

Je ne sais plus où j’en suis. J’ai comme l’impression que rien ne bouge. Tout se répète. Chaque jour, la même chose. C’est la routine. Une routine qui est en train de me détruire à petit feu. Vous me direz : « Oui, tu n ‘as qu’à sortir un peu plus, faire des rencontres. » Mais je ne peux pas !! Oh non, je ne peux pas. Dès que j’essaie, une voix au plus profond de moi-même me rappelle à l’ordre et me dit de ne pas agir comme les autres, que je vaux bien mieux que cette horde de sauvage qui se vautre dans la luxure. Je suis prisonnier de cette voix qui me contraint à cette routine et à m’enfermer de plus en plus sur moi-même. Oh quel galère !! J’en ai marre !! Plus le temps passe et plus cette voix a raison : les autres ne méritent pas que je l’ai regarde.
J’ai maintenant 20 ans et je ne suis pas loin de basculer dans la folie. Bref, à faire une connerie.
Cette voix, au putain, cette voix. Mais comment en suis-je arriver là ? A devenir une épave, transparent aux yeux de tout le monde ? A faire chaque jour la même chose ?
Tout a commencé à l’age de 10 ans. On a déménagé. Enfin, j’ai l’impression qu’une partie de moi-même est resté dans ma ville de naissance. Mon père voyait cela comme un renouveau, une nouvelle chance à saisir. De mon côté, je n’avais pas très bien compris. J’étais un gamin heureux avec ses potes, un peu comme le club des ratés. Le soleil était au zénith à cette époque. Chaque jour nous réservait de nouvelles surprises. Pourquoi partir ?? J’étais dans mon paradis, rien ne m’arrêtait.
Nous sommes partis durant les vacances de la Toussaint. Et là, sur la route, je voyais déjà le changement. Nous nous dirigions vers un avenir plus sombre, surtout moi. Comment je vous pouvais déjà juger ma nouvelle vie ? Très simple. Nous roulions vers Satlej, notre nouvelle ville, chacun dans ses pensées. La route défilée lentement sous nos yeux. Puis, de loin, on a aperçu de la fumée. Une fumée bien épaisse que même le vent n’arrivait pas à évacuer. On se rapprochait, les voitures ralentissaient et commençaient à former un bouchon. Le soleil se rapprochait inlassablement de l’horizon et l’air se chargeait de particules lourdes comme si un orage s’approchait. Mes oreilles s’aiguisèrent et j’entendis au loin un corbeau. On arriva enfin à la hauteur de la fumée et on s’aperçut qu’une voiture avait pris feu. J’ai cru à un attentat ou quelque chose se rapprochant mais ce n’était seulement qu’une voiture qui brûlait. Au moment précis où on a dépassé la voiture, je me suis dit : mais pourquoi on n’est ici ? Cette impression de plonger dans un nouvel abîme…
Donc, nous sommes arrivés de nuit dans la ville de Satlej ainsi que dans notre nouvel appartement. Tout était déjà en place, la cuisine, le salon (même si sur la table, il y avait plein de bordel comme des lampes ou des vases) et nos chambres. Ma mère décida que nous devions nous coucher, moi et mon frère. Ce que l’on fit immédiatement puisque l’on était très fatigué.
Mon frère s’endormit presque aussitôt. La chambre me paraissait très grande et beaucoup trop sombre à mon goût. Il n’y avait pas encore de rideaux et l’on pouvait voir à travers notre fenêtre. J’ai vu… oh non. Même 10 ans après j’ai encore du mal à en parler. En fait, ce que j’ai vu c’est une ombre parmi le bois qui se trouvait juste derrière notre immeuble. Cette ombre me regardais, me fixait même. J’ai eu l’impression qu’elle a ouvert sa bouche en un cercle parfait puis j’entendis une onde me passait dans le crâne. J’étais tétanisé, les yeux hagards, les bras ballants. Je n’osai faire un mouvement. Puis ma mère rentra dans notre chambre et tout s’arrêta. Clac, en un instant tout disparut. Je dus me coucher.
Les mois qui suivirent, j’avais cru être en territoire hostile. Tous mes repères étaient chamboulés. Je n’arrivais pas à me faire de nouveaux amis ni à l’école ni dans ma résidence. L’accueil avait été plutôt froid et nous étions considérés comme les nouveaux. Avant, pour un rien, j’allais m’éclater dehors mais, depuis que j’étais près de ce bois, je ne pouvais plus. De mon appartement, je regardais dehors mais je ne voyais aucun copain possible. Pas âme qui vive. J’étais de plus en plus triste et je regrettais ma vie passée. Satlej n’est qu’une putain de ville dortoir et tout le monde a l’air de la détester.
J’arrivais enfin au lycée. J’ai cru pendant un temps me faire de nouveaux amis. Mais je compris, avec le temps que ce n’était que des collègues de travail, je n’intéressais plus personne. J’étais l’ombre de moi même. Rien ne changeait, j’étais de plus en plus dégoûté. Et ce bois qui m’attirait à lui. Le soir, il était là, il me parlait et de plus en plus fréquemment et de plus en plus fort.
« Ils t’ont tirés dans le dos, ils t’ont bousillés ta vie, venge toi »
La fin du lycée arriva, les diplômes aussi. J’étais un élève moyen, transparent aux yeux des autres. Je n’avais réussi à n’avoir aucun véritable ami. Je ne sortais pas le soir. A l’époque, je me disais : « Il faut que j’ai ses diplômes comme ça, je pourrai partir de Satlej et changer ma vie. »
Grave erreur, maintenant je m’en rends compte. Je suis bloqué ici. Les diplômes ne servent à rien puisque les entreprises ne veulent pas de jeunes diplômés. J’en ai marre !! J’ai l’impression d’avoir passé 10 ans dans ma chambre face à ce maudit bois. Et cette voix qui est toujours là et qui a forcément raison. Ce bois est maudit et moi avec. Les autres m’ont sous-estimé. Ils vont le payer. La note sera très très salés.

Gazette de Satlej : 6 septembre 2004
Le drame a eu lieu hier, au lycée de Satlej. Il était 9h53 quand le dénommé, Pierre S., 20 ans, a décidé d’ouvrir le feu sur ses anciens camarades. Apparemment, la bataille fait encore rage à l’heure où nous bouclons notre édition. Le lycée est fermé et Pierre S. possèderait un véritable arsenal sur lui. Il y aurait pour l’instant une vingtaine de morts mais rien n’est encore sur. De plus, on a appris de source sûr que le lycée serait piégé d’explosif. La ville est en état de choc.
Comment en est on arrivé là ? Echec de la société face au jeune ? Trop de médiatisation des autres cas de ce genre comme à Littletown ? Folie ? On ne le sera peut être jamais ! En tout cas, une chose est sure, personne n’est à l’abri de ce genre d’action. Robert Floch Journaliste

Bon, il y a surement des trucs à développer. Enfin, je l'envois quand même. J'espère qu'il n'y a pas trop de fautes yay
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Littleangel_be
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Dim 5 Sep 2004 - 19:37

J'ai trouvé ça bien trembing , m'as fait penser un peu a Rage. tongue10
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ddelph
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Lun 6 Sep 2004 - 13:05

C'est pas mal mais ça me paraît hors sujet, la voix dans la tête n'est pas assez présente, on ne sait pas trop pourquoi il pête les plombs finalement (la chose dans le bois ou le déménagement ?) Sinon un bon point car ça m'a fait pensé à Elephant et ce film m'a vraiment scié.
Ah! quelque erreurs d'orthographe (déformation professionnelle, désolé).
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Lun 6 Sep 2004 - 16:42

Voici mon humble histoire, qui vous rappelera je l'espère quelques souvenirs... C'est mon premier écrit depuis mon retour de vacances, alors soyez indulgents... A suivre bien sûr...

edit :j'ai effacé ce post pour qu'il n'y en ait qu'un avec ma nouvelle, pour éviter d'en créer 15...

Donc voir plus bas pour la nouvelle...Very Happy


Dernière édition par le Jeu 16 Sep 2004 - 11:06, édité 2 fois
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maerlyn
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Lun 6 Sep 2004 - 16:55

C'est GENIAL, thomas. yesmaster

Vite, la suite. Par pitié. jumping38
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Littleangel_be
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Lun 6 Sep 2004 - 17:22

La suite,la suite... yesmaster . Génial (une fois de plus Wink )
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yann
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Lun 6 Sep 2004 - 19:10

A quand le recueil?( Pour thomas, il en a ecrit beaucoup)
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mar 7 Sep 2004 - 9:14

bah il me manque 3 ou quatre nouvelles pour le boucler, et puis il faut que je finisse de tout corriger et tout améliorer... Peut-être que cette nouvelle ci-dessus en fera partie ?... Very Happy
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mer 8 Sep 2004 - 17:56

Suite et refonte de ma nouvelle (pas encore finie bien sûr...Very Happy)
N'hésitez pas à relire le début, j'ai ajouté pas mal de trucs...




AU-DEHORS : LE DESERT
Par Thomas Desmond



– Toc toc ? Hé ho ? Y a quelqu'un ?...
L'homme frappe de nouveau (pour la millième fois) sur la porte fermée. Les jointures de son index et de son majeur sont toutes écorchées, mais il ne sent plus la douleur.
Il porte sa main à ses lèvres et aspire goulûment le sang qui coule le long de ses doigts squelettiques.
– Ohhhh (il s'énerve) ! Ouvrez ou je défonce cette PUTAIN DE PORTE ! Un silence étouffant succède à son cri qui après s'être répercuté sur les quatre murs disparaît dans le néant.
Lui-même étonné par la puissance de sa voix, il regarde autour de lui, comme pour vérifier qu'il est bien seul. L'étrange pièce aux murs de pierres grisâtres est vide. Toujours vide. Tout
comme cet endroit où il a atterri depuis il ne sait plus combien de temps.
Désespéré, il colle une nouvelle fois son oreille contre le panneau de la porte et écoute. Il tend l'oreille et se bouche l'autre. Sa bouche est grande ouverte, un filet de bave coulant de sa
lèvre inférieure sur le col de sa chemise déchirée.
Plic Ploc
Un bruit de gouttes d'eau qui frappent la roche.
Il sent à quel point il a soif, très soif. Il repense à ce satané puit dehors, qui est asséché, comme par hasard. Il avait mis ça sur le compte de ceux qui l'avaient envoyé ici, dès le premier jour
quand il avait remonté le sceau antique vide du trou profond et sec.
Soudain le temps se crispe et l'air se repli sur lui-même. Un grand fracas le fait sursauter et il se cogne le visage contre la porte fermée.
Derrière lui, la porte principale de la cabane vient de s'ouvrir à la volée, s'écrasant avec puissance contre le mur et dégageant un nuage de poussière épaisse et puante.
Immobile, l'homme se frotte la joue et fixe d'un air fou l'embrasure de la porte qui donne sur l'extérieur. Il ne voit rien d'autre qu'un bout d'horizon vide. Peut-être que sur le côté...
Ne sors pas tu sais qu'il fait si chaud dehors ferme cette porte, et ouvre l'autre, c'est ta seule chance ECOUTE-MOI ABRUTI !!
Il se tape le front contre les mains. Cette voix qui a élu domicile dans son crâne depuis son arrivée ici commence à lui taper sur les nerfs.
– Ta GEULE saloperie ! Il gémit et se frotte les yeux frénétiquement. Ça lui fait du bien et ça le calme.
– Tais-toi je t'en supplie... dit-il, son cri se transformant en un gémissement d'enfant perdu dans le noir.
La voix s'atténue, ce qui le soulage. Il peut de nouveau essayer de réfléchir et avoir ses propres pensées. Une larme salée coule le long de sa joue gauche. Inconsciemment, il attend qu'elle
atteigne la commissure coupée de ses lèvres brûlées et l'aspire. Au contact du liquide chaud et salé, sa langue se contracte et tremble, et son regard est toujours fixé sur le morceau d'horizon qui
se découpe dans la noirceur de la cabane.
Il inspire un grand coup et se met à avancer doucement vers la porte grande ouverte. La poussière est redescendue au sol et dans les joints des pierres fissurées.
Portés par une force invisible, ses pieds nus traînent sur le sol de terre battue. Ils sont noirs de crasses et plein de croûtes séchées.
Il avait atterri ici sans chaussures ni chaussettes mais s'était très vite habitué à la douleur et aux multiples disparités du sol de ce monde étrange.
Un caillou au bout pointu lui coupe la peau entre ses doigts de pied mais il ne le sent pas. Son attention est entièrement dirigée vers la porte ouverte sur l'extérieur : il perçoit la chaleur qui
rentre par vagues régulières dans la petite cabane délabrée, et il sent la sueur se mettre à couler sous ses bras amaigris. Il avance et le paysage lui apparaît de plus en plus.
Il sait que son Destin l'attend, là, dehors.


Cela fait plusieurs jours, peut-être même plusieurs semaines qu'il n'est pas sorti de son abri de fortune, mais il n'a pas oublié les détails du monde extérieur, car au-delà de la porte de son
misérable abri, il n'y a rien : un désert de poussière et de caillasses émoussées a recouvert les routes et la végétation, si jamais il y en eues en ces terres dévastées.
Le soleil semble si proche que partout où le regard se pose, la réalité ondoie, se déforme, tel un mirage gigantesque et perpétuel.
Depuis son arrivée brutale et inexpliquée dans ce lieu perdu, l'homme a bien tenté de chercher une route, mais ses pieds ont refusé de le porter bien loin : le sol aride est bouillant, comme
une plaque de cuisson chauffée à blanc, et les crevasses sombres et obscènes qui parsèment le peu qui reste des chemins dessinés par le temps sont dangereuses. Une jambe est très vite cassée et
il ne semble pas y avoir de docteur dans le coin.
Le premier jour, qui lui avait semblé durer une semaine, il était parti en courant dans la direction du soleil levant, à l'est, mais plus la petite cabane s'éloignait derrière lui et devenait
minuscule, plus l'horizon semblait s'éloigner et s'épaissir en même temps le rendant apparemment inaccessible.
Aucun repère : pas une ville à l'horizon, pas une fumée ni même une montagne : rien. Un enfer de chaleur où tout a disparu. Tout, sauf sa cabane, son puit inutile et lui.
Comprenant qu'il était perdu au milieu de nulle part, la panique l'avait pris à la gorge, et il avait hurlé dans le vide, appelant vainement à l'aide, sautillant maladroitement sur ses pieds
brûlés et écorchés. L'air brûlant qui était brusquement rentré dans sa gorge l'avait étouffé, et la chaleur de four qui étendait sa fatale étreinte sur ce monde pénétra dans tout son organisme,
bouleversant tous ses points vitaux.
C'est alors qu'une voix douce et limpide, comme un petit ruisseau, s'était alors infiltrée pour la première fois dans son esprit à la dérive, et lui avait marmonné quelques paroles au creux de
l'oreille, rafraîchissant son cœur et son âme isolée.


Retourne dans la maison, tu vas attraper chaud. Tu n'es pas raisonnable. Pense à tes frères, à ta famille... Tu sais que la route est longue jusqu'à
Samboah, tu dois reprendre des forces, le voyage t'as beaucoup fatigué. Retourne dans la maison, une cruche d'eau fraîche t'attend. Dépêche-toi avant qu'elle
ne soit tiède...


A l'évocation de la providentielle cruche d'eau, toute raison et réflexion l'avait déserté. Il avait pris ses jambes à son cou et avait refait le chemin en sens inverse. La petite cabane avait très
vite grossi dans son champ de vision et il s'était brusquement retrouvé de nouveau sous le toit de chaume à moitié brûlé vif, les pieds ensanglantés, et cherchant frénétiquement, le regard fou, la
satanée cruche qui aurait dû l'attendre là, dans sa cabane, posée à même le sol, dans la poussière piétinée, comme lui avait promis la voix dans sa tête.
Il n'y avait pas de cruche d'eau, c'était évident, cette voix mentait comme ceux qui l'avaient envoyé dans ce trou à rat. Une crise s'empara de lui et il se fracassa la tête et les membres
contre les murs, arrachant des morceaux mous de pierres pourris et séchés.
C'est à ce moment-là qu'il avait découvert la porte. Derrière une épaisseur de torchis en décomposition se cachait une porte en acier. Il la dépoussiéra du revers de sa manche en lambeaux
et pu presque se regarder dedans, tellement sa surface était lisse.
Pas de poignet, ni de gonds. Elle était carrément encastrée dans ce mur de rien du tout.
Incrédule, l'homme avait pris son courage à deux mains et était ressorti dans l'enfer extérieur pour faire le tour de la masure et voir si la porte donnait tout simplement derrière. Mais il ne
trouva que le mur de pierres gauchement construit. Il s'éloigna un peu de la cabane et essaya de mesurer mentalement ses dimensions, sans grand succès. Il réalisa néanmoins sans mal qu'il était
impossible qu'une pièce secrète ne tienne dans le fond de la partie ouest de la cabane.
Il était rentré et avait essayé d'ouvrir la porte par tous les moyens que son imagination à la dérive avait trouvés. Il avait passé sa main et ses doigts dans tous les angles de la pièce, sur et
sous tous les trous et toutes les bosses. Il avait gratté le sol de ses mains, s'arrachant trois ongles et se brisant l'auriculaire contre une caillasse enterrée.
Mais il n'avait rien trouvé rien, ce qui l'avait rendu encore plus fou. Ceci avait aussi eut pour effet de laisser plus de place à la voix dans sa tête, qu'il ne différenciait presque plus de ses
propres pensées. Elle s'étais mis à le posséder.
Les intervalles entre les jours et les nuits, complètement aléatoires, avaient commencé à se dérégler, comme si le temps avait été aux prises d'un enfant qui ne connaît pas les règles de son
nouveau jeu.
Sa raison avait commencé à s'absenter, à larguer les amarres de plus en plus souvent, et de plus en plus longtemps. La voix dans sa tête avait été de plus en plus présente, le rassurant, le
conseillant, essayant tant bien que mal de lui redonner un peu le moral, ainsi qu'une petite once d'espoir. La porte finirait bien par s'ouvrir de toute manière.
Sur quoi ? Il ne le savait pas, mais il savait que sa vie en dépendait.


Il est donc là, dans sa satanée cabane, s'approchant doucement de la porte d'entrée, curieux et effrayé de découvrir qui ou quoi a bien pu ouvrir la porte avec tant de force. Des hommes
ont-ils pu vivre dans ce désert ? Le traversent-ils seulement pour rejoindre un but lointain ? Ses pensées tourbillonnaient en lui, mais ses yeux fixaient le dehors : le désert blanc et jaune s'étendait
à l'horizon.
2 mètres
Il entendit un petit sifflement, mais le son n'était pas dans sa tête, et cela le fit frissonner. Avait-il déjà entendu quelque chose d'autre que cette voix si familière qui avait kidnappé sa santé
mental ? Il ne le savait plus...
1 mètre
Ses pieds ralentirent à l'approche du palier. Il entendit qu'on grattait le sol dehors. Son champ de vision sur l'extérieur s'écarta.
50 centimètres
Ses mains en charpies s'agrippèrent fébrilement aux deux montants délabrés de la porte ouverte et il se tira vers l'avant, offrant lentement son corps à la chaleur bouillante du dehors. Le
sifflement était toujours là, plus fort. Un air mélancolique, comme une berceuse, une petite comptine à la clarinette...
10 centimètres
Il sort de la cabane, qui disparaît derrière lui. Le sifflement s'arrête brusquement.
– Au nom du Grand Ensemble, qui va là, étranger ? résonne dans l'air une voix rude et incisive.


Rentre à l'intérieur te dis-je, tu dois ouvrir cette porte si tu veux retourner chez toi, auprès des tiens, rentre tout de suite. C'est une folie ! Tu
deviens fou ne te laisse pas avoir par un banal mirage écoute-moi et rentre...


La voix bourdonne dans son crâne, mais il en fait complètement abstraction.
Chancelant, il observe la miraculeuse silhouette haute qui se tient devant lui, déformée par la chaleur, contrastant par sa noirceur sur le fond écarlate de l'horizon cramoisi.
Ses yeux palpitent dans leurs orbites alors qu'il essaye de distinguer quelques détails tout en restant debout malgré la douleur qui l'assaille de toutes parts.
C'est un homme grand, coiffé d'un chapeau noir aux larges bords poussiéreux. Son visage est dans l'ombre mais il peut voir qu'il porte la moustache et que ses joues sont mal rasées. Des
épaulettes en acier luisant ornent le haut de son torse massif, lui-même recouvert de toiles aux couleurs passées. Des cordes faites de boyaux séchés sont tendues sur le tissu et semblent cacher
dans le dos de l'homme de longs fusils. Une large ceinture de cuir sombre s'étend sur sa taille et son estomac. Une demi-douzaine de pistolets aux formes curieuses et originales y sont accrochés
tout le long, ainsi que des bourses en peaux contenant de mystérieux objets. Sous l'énorme ceinture se cache une cartouchière, plus étroite mais toute aussi impressionnante. Le long des hanches
oscillent deux mains noircies par le soleil, prêtes à dégainer au moindre signal. Les jambes sont recouvertes de pantalons gris rapiécés en de multiples endroits qui laissent entrevoir les muscles
des cuisses taillés à la serpe. Deux poussiéreuses bottes de cuir noir terminent la silhouette, et deux éperons en ornent les talons, captant les rayons du soleil et éblouissant les yeux de l'homme
brûlé par le soleil.
– Eh bien pauvre Randjis ? On t'aurait donc coupé la languette ?
La voix limpide l'atteint comme un coup en plein visage, tant sa pureté et sa clarté traversent avec fureur ses oreilles bouchées par la crasse et par les mauvaises habitudes. Il titube
nerveusement tout en marmonnant quelques mots inaudibles puis perd l'équilibre.
Il sent déjà les rudes caillasses lui mordre les coudes mais l'inconnu est déjà sur lui. Il l'empêche de s'écraser de tout son long sur le sol et lui sauve sûrement du même coup la vie. Des
mains vives et fortes l'étreignent, et il sent la vie qui émane de l'inconnu. Ce n'est finalement pas un mirage.
L'inconnu soulève avec aisance la carcasse de l'homme brûlé et il le cale dans ses bras, tout en se dirigeant vers la cabane.
– Par le Grand Din-Tah, on peut dire que tu as frôlé de près les berges de l'Antique Rivière mon pauvre Randjis. Remercions-le de t'avoir épargné.
Il pénètre dans la cabane, se tournant de côté pour permettre à son fardeau de passer. Après avoir jeté un rapide coup d'œil désabusé sur les quatre murs de la cabane, il se baisse et
dépose délicatement le corps de l'homme brûlé sur le sol. Ce dernier gémit et s'agite. L'inconnu pose sa main droite sur le front plein de croûtes purulentes et prononce une mélopée de paroles
aux consonances étranges.
– Din-Tah smir din Oht del ranskar somann Tinh eht !
Les mots et la mélodie semblent fusionner avec la chaleur de la main posée sur le front qui, paradoxalement, rafraîchie tout l'organisme de l'homme brûlé, comme une coulée de glace se
déversant tel un raz-de-marée dans les artères. Il se sent renaître à petit feu.
L'inconnu aux sens aiguisés tourne soudain la tête vers le mur du fond et sent une force qui tente de faire dévier son regard. La main sur la crosse d'un de ses pistolets, il se redresse et se
dirige lentement vers le mur recouvert de chaux pourrie. Il perçoit l'aura sombre qui émane de ce pan de mur. – Ne t'approche pas de la porte.
La voix qui jaillit derrière lui le fait se retourner à la vitesse de l'éclair, un pistolet au canon long d'au moins trente-cinq centimètres déjà pointé sur l''homme brûlé, qui s'est redressé pour
prévenir son sauveur.
– Ne... ne t'approche pas de la porte étranger... parvient-il à marmonner avant de s'écrouler, toute force l'ayant soudainement quitté.
L'inconnu baisse son arme mais ne rengaine pas. Il sent les forces sombres qui ont investi cet endroit tournoyer autour de lui, menaçantes et peu hospitalières.
D'un pas vif, il enjambe le corps de l'homme brûlé et sort de la cabane. Il tire d'une de ses poches un petit objet en bois blanc qu'il porte avec fluidité à sa bouche, preuve d'une pratique
habituelle. Un sifflement d'une puissance incroyable irradie soudain de tous les pores de sa peau et va se répercuter à des centaines de kilomètres à la ronde, tuant sur son passage les rares entités
vivantes ayant survécues à l'arrivée du désert.
Il retire l'instrument de ses lèvres et écoute son appel fuir dans toutes les directions.
Tout en se lissant la moustache d'un geste nerveux et inconscient, il attend la réponse à la question qu'il vient de poser.


Batie Titmore, dit Bat la bourrique, est l'être humain habitant le plus près de la cabane perdue de l'homme brûlé.
Son oasis est un petit paradis terrestre isolé au beau milieu du Désert Maudit, qui s'étend sur plus de 8500 km du nord au sud, et sur plus de 16000 d'est en ouest.
Il y élève des ânes nains au pelage roux et aux yeux d'un vert émeraude, le plus rare, ce qui fait leur valeur et le plaisir des papilles gustatives des connaisseurs.
Les caravanes de voyageurs sont plutôt rares ces derniers temps, surtout depuis la disparition des derniers chameaux, mais lui permettent quand même de survivre et d'entretenir ses six femmes et ses dix-huit rejetons.
Il est en train de corriger une de ses filles à grands coups de fouet derrière un des puits d'eau quand retentit au loin le grondement sourd de l'Appel.
Batie lâche doucement les cheveux de sa fille qui s'effondre au sol en pleurant. Il lui reste une petite mèche de cheveux bruns entre les doigts.
Tous les sens alertés, il pose sa main sur le pommeau de son épée de fer noir, elle-même glissée le long de sa hanche dans un fourreau en or couvert de saphirs , qu'il avait échangé jadis contre trois de ses filles à un riche négociant en esclaves blancs.
Il se penche et soulève sa fille par le bras.
– Carolia, cesse tes pleurs et va chercher ta mère et tes sœurs. Cachez-vous toutes dans le tunnel du serpent, celui du fond. M'as tu bien entendu ma fille ?
Sa fille entend le ronronnement lointain qui grossit et ses orbites s'élargissent. Son père lui serre le bras très fort.
– Oui mon Pa, dit-elle, la voix assourdie par une peur grandissante. Elle sent que le moment est venu, que toute sa vie passée ici à l'Oasis de son père appartient désormais au passé.
– Alors cours mon enfant, et à Quei Valam !
Carolia hésite une seconde , puis donne une dernière accolade au seul homme qu'elle ait jamais aimé. Batie se raidit mais rend une rapide étreinte à la fille de son sang. Elle se libère des bras puissants de son père et recule subitement, des larmes s'échappant de ses magnifiques yeux sombres. Elle lui jette un dernier regard plein d'amour et part en courant vers la tente familiale.
Silencieux, son père lève la main à hauteur d'épaule et souffle vers la tente qui abrite les membres de son clan. Il leur dit au-revoir à la manière des Anciens. Il retient ses larmes.
Pour Batie Titmore, la mort s'affronte le visage sec, et le cœur bouillonnant.
Il se retourne brusquement, dégaine son épée étincelante et part en courant à travers la végétation éparse de l'oasis principale. Une fois seul face à l'horizon distordu par l'Appel de plus en plus proche, il brandit vers les cieux son épée et crie de toutes ses forces, tant de courage que de terreur.


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Dernière édition par le Jeu 16 Sep 2004 - 11:03, édité 2 fois
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Jeu 9 Sep 2004 - 11:23

Vous pouvez retrouver sur mon site une image illustrant (le début de) ma nouvelle...Very Happy
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Littleangel_be
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Jeu 9 Sep 2004 - 14:57

Que dire???
Je ne sais pas si (une fois de plus) je dois te dire que c'est génial ou si je doit te maudire de nous faire le coup du A suivre.... yesmaster
Sérieusement, j'adore (j'ai l'impression que ça aurait pu arriver à un certain personnage que nous connaissons trembing lorsqu'il est arriver dans un certain endroit Very Happy et l'irruption de "l'inconnu aux sens aiguisés" dans cet endroit conforte mon impression :scratch: mais ce n'est que mon avis Wink )
thumright :thumleft: (Sans hésitation)
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Jeu 9 Sep 2004 - 15:04

bien sûr que c'est u peu inspiré de La Tour Sombre mais vous découvrirez très vite que l'inconnu n'est du tout du genre Roland..
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Jeu 9 Sep 2004 - 15:05

Mais que fais LoulOu ?
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Littleangel_be
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Jeu 9 Sep 2004 - 15:06

Tu m'intrigues là!!! tongue10
J'ai hâte de lire la suite. jumping38
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Muadusul
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Lun 13 Sep 2004 - 20:08

Je contribue moi aussi au forum. Ca fait un bail que je n'ai rien poster, et cette nouvelle trainait dans un de mes fichiers sur mon pc. Ce ne sont que les 13 premières pages ( dont la nouvelle totale compte environs 34 ). Désolé si c'est long (voire même trop long) mais j'aimerai savoir ce que vous en pensez. Merci d'avance !!!


DANS UN COIN DE MA TÊTE

écrit par Jérémy Semet

____________________________________________________________

Les fils du temps et du destin sont tissés dans le Cosmos.
A l’abri des esprits sombres, ils sont protégés par des agents séculaires.
Le moment n’est pas encore venu de délier ces fils, mais un jour viendra où un seul être sera chargé de le faire.
Un seul et unique.
Depuis des générations ce destin court dans les veines de ces aïeuls, mais il a été choisit, lui.
Les Dieux de l’Espace sont les seuls à connaître le futur.
Ils sont les seuls à savoir vers quoi la balance penchera : la lumière ou l’obscurité.
____________________________________________________________

* LA GARDIENNE *


Tout ce sable.
Tant de sable.
Est-ce réel ?

Si blanc.
Trop blanc.
Suis-je en train de rêver ?

Petits grains de poussière agglutinés les uns aux autres sous l’effet d’une trop longue exposition aux rayons de ce soleil assassin. Si minuscule et pourtant si lumineux. Je progresse pieds nus dans cet étendu sableux ; mes bottes se sont désagrégées. Probablement sous l’action combinée du soleil et du sable.

Point reculé sur l’horizon, je continue de marcher, sans but et sans futur. Depuis quand suis-je ici ? Ais-je déjà foulé ce sol ? N’était-ce pas accompagné d’une femme noire en fauteuil roulant, d’un italo-américain toxicomane et de ce drôle de petit garçon qui est déjà mort une fois dans un autre monde ? Où sont passés mes colts au crosse de santal ? Et où est la Tour ?

Je perds l’esprit aussi vite que souffle le vent. Ce vent si rude et si sec qu’il m’assèche la peau à chaque rafale. Un courant si brutale que je peine à marcher les yeux ouverts.

Les dunes se succèdent, l’une après l’autre, sur des kilomètres et des kilomètres. Et ce silence. Cette lancinante attente qui me rapproche petit à petit de la folie pure. Pas le moindre bruit. Même le vent ne paraît pas émettre de son. Etrange contrée que je suis amené à parcourir. Mais quelle en est la fin ? Suis-je forcé à demeurer en ce lieu pour l’éternité ? Qu’ais-je donc bien pu accomplir comme méfait pour avoir échouer dans ce désert.

Mon nom n’est pas Roland. Je ne suis pas pistolero.
Mon nom n’est pas Kindred. Je ne suis pas un soldat-mutant aquatique.
Alors qui suis-je ?

J’ai trouvé dans la poche de ma chemise un cercle de métal. Ce n’est ni un anneau, ni une bague comportant une quelconque magie ancestrale. Rien qu’un simple cercle de fer, aussi brillant qu’un bijou, aussi parfait que la plus belle des opales.

Mon attention s’est focalisée sur les caractères qui figurent sur l’objet ; du moins à l’intérieur de l’objet. Des pictogrammes qui ne me sont pas étrangers et qui paraissent m’évoquer des souvenirs lointains. J’ai longuement attendu avant de pouvoir déchiffrer le code inscrit dans le cercle.

Contrairement à ce que je pensais, ce désert a un pouvoir. Ce n’est pas l’immensité, ni la chaleur et encore moins la sensation de malaise qu’il procure. Ce n’est rien de tout ça. Ce désert a la capacité d’ôter la mémoire. Les grains de sable se frottent les uns contre les autres lorsque tempête le vent, une litanie mécanique se met en branle et les souvenirs pourrissent. Ils se décomposent, se changent en poudre anorganique puis jaillissent de mes oreilles. Les mots que je me récite parfois pendant ma (trop) longue marche perdent leur sens et ne me racontent plus rien de bon. C’est pour ça que les pictogrammes ne m’évoquaient presque plus rien.

Je dis presque car je suis parvenu – aux prix d’efforts psychiques et intellectuels – à décoder une date inscrite au creux de ce cercle de métal. Comment ais-je accompli un tel prodige, me demanderez-vous. Ces nombres alignés sur ce bout de fer me sont sautés au visage. Une image m’est apparue lorsque j’ai murmuré ce jour, ce mois et cette année. Un instantané. J’ai bien crû plonger dans une photographie fantasmagorique, une bien étrange journée qui m’avait profondément marqué.

Les souvenirs sont traîtres ici. Ou du moins le peu de souvenir que le désert permet de recouvrir.

Je ne dors pas.
Dormir.
Encore un mot que j’utilise et qui m’est inconnu. Un mot de plus dans une liste, non seulement incomplète, mais qui me dit vaguement quelque chose.
Je ne fais pratiquement pas de halte. Je ne m’arrête jamais de marcher. Pourquoi ? Allez dont savoir. Si quelqu’un possède la clé qui ouvre le livre de ma vie, j’aimerais bien qu’il m’en lise quelques passages pour que je sache.

J’ai besoin de savoir. La connaissance est importante, je dirais même, primordial dans un endroit comme celui-là. Le souvenir permet de temps à autre de subsister, de rester en vie : bref, de survivre. Alors que la connaissance, quant à elle, parvient à nous rendre plus fort face aux évènements difficiles auxquels nous sommes soumis. Grâce à elle nous ne renouvelons pas les mêmes erreurs deux fois de suite.

Tu te joues de moi une fois, honte à moi…
Tu te joues de moi deux fois, honte à toi…

La nuit ne tombe pas dans ce désert ; tout comme la pluie d’ailleurs.
Les étoiles ne grimpent pas dans le ciel bleu foncé.
La lune ne s’élève pas sur la toile cosmique que l’on peut observer lorsque vient la nuit.
Comment puis-je savoir quel jour nous sommes si le temps ne décroît pas ?
Il en est de même pour ce soleil meurtrier. Il ne bouge jamais. Il demeure toujours à la même place : au-dessus de ma tête. C’est comme s’il voulait me voir mourir (un nouveau mot dont je ne sais rien).

Alors à quoi bon ?
Ne devrais-je pas m’arrêter quelques instants pour réfléchir ? Ce serait plus sage.
Mais pour penser à quoi ? Mes interrogations finissent toutes par partir comme elles sont venues. Je n’arrive pas à suivre le fil de mes pensées tant celui-ci est mince et éparse.

Je devrais renoncer ! Abandonner une bonne fois. Arrêter de cogiter et finir par me rendre compte de la vérité : tout ça ne mène à rien. Ce n’est qu’une vaste supercherie. J’avance. Je pose un pied devant l’autre mais au final pourquoi ? Qu’est-ce qui me motive ? Quelle est la force qui me pousse à aller toujours de l’avant ? Que suis-je censé rencontrer ?

Une fois de plus, c’est ce petit cercle qui m’a donné la réponse. Dans un moment de doute profond, ma main a saisit l’objet et l’a serré très fort. Dès lors je me suis rendu compte que le cercle glissait parfaitement sur mon majeur. Un furtif frisson électrique m’a parcouru de haut en bas et une voix reculée s’est écriée : Oui… jusqu’à ce que…

De microscopiques aiguilles ont percé les limites intérieures de l’objet et m’ont volontairement piqué le doigt. La douleur a fait tressaillir tous les poils de mon corps, le cercle a échoué de mon doigt et je l’ai porté à ma bouche, craignant que je ne saigne. Je suis tombé à genou, tétant mon majeur comme s’il s’agissait d’un mamelon sacré.

J’ai enfoui ma main dans le sable ; pour je ne sais quel raison. Un mot nimbé de flammes est tout à coup passé devant mes yeux : infection. Je ne savais pas ce que cela voulait dire. Quand la mémoire vous lâche, on n’est plus rien qu’un morceau de viande avarié.

De fulgurants picotements ont grimpé le long de mon bras jusqu’à mon épaule. J’ai contracté alors tous mes membres et j’ai laissé échappé un son. Un seul. Rien qu’un. Je n’ai rien entendu mais d’après les contorsions de mon visage, le cri aurait été terrible.

La douleur est si forte que je retire violemment ma main du sable.
Si blanc.
Trop blanc.
Une légère tâche écarlate s’est inscrite dans le désert. La seule et unique tâche sur des milliers de kilomètres. Je fixe ma main, craignant que celle-ci ne soit vidée de tout son sang. Or ce n’est pas une éventuelle trace de sang qui m’a alors surpris. Autour de mon majeur le cercle avait laissé une trace, une empreinte.

La date y figurait tel un mémento physiologique : 11 octobre 2003.
Mais il y avait davantage. Bien plus énigmatique. Des vagues azures se suivaient sur une ligne imaginaire et ceignaient mon doigt. On aurait dit un tatouage ; ce n’était pas l’impression qu’il donnait.

En l’espace d’une poignée de secondes, les vagues ont enflés comme les vestiges d’une piqûre de guêpe. La souffrance s’est accrue. Le diamètre de mon doigt également. Je me met debout et secoue ma main ; espérant que le poison (qu’est-ce que c’est que ça ?) ne me terrasse pas.

Malgré le mal qui me gagne, je reprends la route. J’évolue difficilement. Le sable brûlant se loge entres mes doigts de pieds. La chaleur gagne en intensité. Une immense dune se présente devant moi. Dois-je la franchir ? Que vais-je découvrir derrière celle-ci ? Et si le chemin prenait fin après cela ?

Je pense à Roland et à la Tour qu’il s’attend à contempler dans son océan de roses.
Je songe à Kindred qui, devenu un soldat du monde des morts, espère revoir sa Terre natale.

Je presse ma main de toutes mes forces et j’arpente la dune. Le vent ne souffle plus. Mais le soleil est toujours là. Toujours plus fin, toujours plus chaud, le sable me démange et corrode mes pieds. Je sens battre mon pouls. Mes veines temporales se dilatent ; elles vont finir par éclater.

Il fait trop chaud. Un spasme glacé me parcourt et me foudroie sur place. Ma main pâlit instantanément. Les vagues boursouflées se dégonflent mais l’endurante froidure m’empêche de continuer.

Et si cela était dû au destin ? Je ne dois peut-être pas franchir cette dune de sable. Après tout, je ne suis pas si différent d’eux. Mais, eux, ont-ils renoncé à leur quête ? Ont-ils abandonné pour autant ? C’est si commode de revenir en arrière et de se dire que c’est notre destin. La commodité tue. L’imprudence aussi.

Les Homardstruosités…
Les Amphitons…
Pas si différent. Ils gardent deux sanctuaires.
Qui gardent la dune ?

Mes paupières s’abaissent.
Le vent se lève soudainement.
Les commissures de mes lèvres s’assèchent et se déchirent comme deux plaies victimes d’un sadique.
Il souffle.
Encore et encore. Jusqu’à me plier à genoux.
Je cache mon visage en le plaçant sous mon épaule droite. A l’intérieur de ce petit cocon humain, je respire doucement pour ne pas suffoquer. Le vent souffle de plus en plus fort. Il soupire si férocement que de monstrueux galets noirs pointent sous le sable. Des pierres d’une couleur si obscure que j’ai cru, au premier abord, qu’elles avaient été vomies des tréfonds de l’Enfer.

Les vagues gravées sur les contours de mon doigts s’illuminent brusquement : elles luisent d’un pâle éclat bleuté comme alimentées par une source éternelle. Je les perçois distinctement, blotti au creux de mon propre corps, semblant de bouclier tentant vainement de repousser les assauts d’une bourrasque vengeresse.

Je m’apprête à livrer une bataille contre le dieu des vents. Une divinité qui semble avoir une dent contre moi. Un pas après l’autre. J’affronte la plus violente tempête de sable que j’ai pu voir dans ma vie (si j’ai véritablement vécu autre part).

Des murmures dans le vent.
Une voix féminine.
Quelqu’un que je pense reconnaître.
Familière et étrangère à la fois.

Approche, approche, me dit-elle.

L’avancée est périlleuse. Si jamais j’échoue et que je succombe à ce ouragan querelleur, j’aurais eut au moins raison sur un point : la commodité est un chemin sûr. Et j’aurais la certitude que j’aurais dû revenir sur mes pas. Mais à quoi bon si je suis mort ?

Morte, murmure-t-elle. Morte j’ai été…

La voix me fait frémir. Bientôt, mon doigt ne me préoccupe plus. J’essaie de me rappeler. Je tente inutilement de retrouver la mémoire. Je fouille parmi mes souvenirs, dans ma mémoire, en moi. Rien. Les connections sont inertes, laissées à l’abandon depuis trop longtemps.

Le sable s’efface sous mes pieds. Les galets se dévoilent, semblent plus menaçant, animés d’un souffle maudit. Il n’y pas une seule imperfection à leur surface. Ils sont si lisses, si noirs, si parfaits.

11 est notre chiffre… glapit-elle.

11 ? A-t-elle aperçu mon doigt ? Comment aurait-elle pu avec tout ce vent ! Je commence à me sentir épié, inquiet, submergé. Je perds le contrôle ; en avais-je seulement avant ?

Tu es Un. Je suis Une, renchérit-elle.

Encore et toujours, j’avance. Les articulations de mes genoux s’échauffent. Je vois le sommet de la dune ; mais vais-je finir par y arriver ? Ou vais-je m’écrouler bien avant. Les rayons du soleil dansent sur le pan de la dune qui s’escarpe de plus en plus et qui cède sa place à une montagne de galet.

Nous sommes Deux.

Un effort. Trop grand peut-être.
J’y suis arrivé.
Enfin.
J’ai gravit la dune. Mais il n’y a rien. Rien que d’obscurs galets. Des champs de galets à perte de vue. Je suis sorti d’un abîme pour plonger dans un autre. Le soleil frappe toujours très fort. Mes tempes battent comme la peau des tambours tannée et sèche. Je n’ose pas regarder mes pieds, craignant qu’ils ne soient entièrement à vifs et dégoulinants.

La voix se rapproche. Elle me parvient de part et d’autre de la colline de galets.
A présent que je suis tout en haut : où est le gardien ? (ou plutôt la gardienne).
Est-ce la voix qui veille sur cet endroit ? Devrais-je me battre contre elle ?
Je pense à un spectre qui hante ces lieux et qui ne désire que ma perte. Un fantôme à la voix douce et claire. Un ectoplasme qui m’appelle.

Viens, viens à moi, répète-t-elle.

« Que je vienne à vous ? m’écriais-je. Mais je ne vous vois même pas. Où êtes-vous ? Et qui êtes-vous ? »

Point de réponse. Juste le silence.
Les galets ne bougent pas. Ils demeurent stoïques au beau milieu de ce désert infernal.
Je décide, contre ma volonté, de reprendre la route.
Je m’attends, à tout moment, de tomber sur une monstrueuse femme obèse et laide qui brandirait de longs bras et chercherait à me violer à tout prix.

J’anticipe l’avenir. J’essaie de l’entrevoir. Je me vois. Une main pustuleuse me saisit les chevilles et essaie de m’entraîner tout en bas. Tout en bas. Loin dans le sol. Dans un obscur repère dont on ne sait que peu de choses. La créature me dégustera avec des fèves et un succulent vin italien.

Je me mets à hurler. Je crie pour ne pas avoir à m’enfoncer les doigts dans mes orbites. Dans ce bref moment de démence, j’entends un sifflement. Un son strident, un peu comme le son que produirait un sifflet à ultrasons. Je me retourne et distingue un disque lumineux. Un tout petit disque.

« Encore ce foutu cercle, pensais-je. Il ne me lâchera dont jamais ! »

Demi-tour. Direction : le cercle.
J’attrape l’objet, laissé par inadvertance sur la dune transformée en colline de galets, et je m’arrête. Je ne peux plus avancer. Non pas que je ne veuille pas mais je me sens soudainement si lourd, si pesant que mon corps tout entier refuse toute action physique quelle qu’elle soit.

Je tends l’oreille vers lui et il semble, non je suis absolument sûr, que le cercle me murmure quelque chose. Avouez que cela dépasse vraiment tout. Il s’exprime dans un parler qui n’est pas celui que j’utilise. Ce langage me fait penser à cette légende ; celle qui parle d’un anneau. Vous savez, Frodon et le monstrueux Sauron. Cela ne vous dit rien ? Un parler noir, sinistre, quasiment guttural.

Ash nazg durbatulûk…

Non, ce n’est pas dans cette langue que me parle le cercle. Il me confie un secret. Une mise en garde ou du moins ça y ressemble.

Je m’attends à voir d’un instant à l’autre neuf cavaliers drapés qui tenteraient de me dérober ce que je possède. Seigneur, je suis en train de perdre la tête.

Je ressens le besoin de faire glisser le cercle à mon majeur ; le doigt qui porte sa marque. J’ai envie d’être à nouveau piquer par lui, de me sentir tout tremblant. Il est fort possible que les aiguilles contiennent de la drogue. Un puissant narcotique.

Un rire roque émane du sommet de la colline. Les galets vibrent de concert, créant une mélodie charnelle qui me transporte. Je vais, je viens. La drogue fait son effet. Le plus troublant est le fait que les aiguilles ne se soient pas rétractées. Si ce n’est pas le cas alors d’où me vient cette brusque euphorie ?

J’arrive. Ne bouge pas, mugit la voix rieuse. Je serais bientôt là.

De la chaleur.
Une respiration rocailleuse.
Une haleine suffocante.

Tu vas me suivre là où je voudrais bien te mener, surenchérit-elle. Oh oui, je vais t’y forcer.

La chose est là.
Le cercle fixé à mon doigt luit ; son rayonnement est si puissant que je ne me vois pas voler à dix mètres du sommet lorsque ce dernier éclate.
Le ciel devient terre, la terre devient ciel. Ma tête percute un imposant roc noir. Je ne perds pas conscience. Mes yeux sont grands ouverts et ils me permettent de contempler enfin la gardienne.

Elle se tient à quelques centimètres de moi, arquée sur ses jambes – fines et blafardes – levant des bras maigrelets, dévoilant une luxuriante chevelure dorée assouplie par les ballottements du vent et me dévisageant de ses yeux couleur huître. Sa bouche est mince et son allure me paraît sécurisante contrairement à l’idée que je m’en faisais.

Ses yeux étudient tels deux globes divinatoires à la recherche d’un fragment de passé.
Son passage à travers la colline a laissé un vilain trou d’où s’échappent des relents chauds et nauséabonds.

Je me résous à affronter mon ennemie. Mes jambes me portent jusqu’à ce que mon regard coupe le sien.

Je pense reconnaître ce regard et ce visage. Enfin, quelque chose au fond de mon cœur me certifie que la gardienne ne m’est pas étrangère. Le feu du cercle a quelque peu diminué.

La parole est d’argent.

« Allons nous devoir nous battre ? demandais-je, fébrilement. Je ne suis pas armé.

La gardienne esquisse un petit sourire narquois et s’adresse à moi d’une voix cristalline :
- Je ne te demande pas cela, visiteur. Je ne suis pas ici dans ce but.
- Quel est ton but ? articulais-je mollement.
- Tu le sais déjà.
- Je refuse.
- Tu as déjà fait ce choix et regarde où cela t’a conduit ? dit-elle en désignant le désert de ses longs bras arachnéens.
- Où sommes-nous ?
- Le Désert Blanc, vestige d’une pensée, jadis, pure ; à présent disparue. Elle fut emportée par un malheureux accident. Mais cela, tu le sais déjà.
- Non, je ne sais rien, maugréais-je. Je ne sais absolument rien. J’ai atterrit ici sans la plus petite explication. Perdu sur un colossal échiquier où chaque pièce avance selon son bon vouloir.
- Visiteur, tu n’es pas perdu, enfin, pas totalement.
- Qu’est-ce que vous voulez dire ?
- Dans le même ordre d’idées, ce désert ne t’est pas étranger, tout comme, à tes yeux, je te semble familière.
- Ais-je déjà visité cet endroit ?
- Pas consciemment.
- Etais-je seul ?
- Plus ou moins, murmura-t-elle.
- Etiez-vous avec moi ? lançais-je sans véritablement espérer une réaction.
- J’étais avec toi, à un moment de ton existence.
- Je vais de réponses vindicatives en réponses vindicatives.
- En toi sont enfouies les réponses. Toi seul peux y accéder. Chaque personne possède un savoir, des connaissances qui sont les leurs. Tu sais des choses que j’ignore. C’est à toi de trouver. Ton esprit n’est peut-être pas suffisamment ouvert pour le moment.

Un arc de lumière balaye le ciel au beau milieu de la conversation. Je lève des yeux hagards, espérant apercevoir une seconde fois le phénomène. Sans espoir.

- Sommes-nous seuls ?
- Que veux-tu dire ? me demanda-t-elle, intriguée.
- Y a-t-il d’autres endroits comme celui-là ? Y a-t-il de la vie autre part ?
- Des déserts comme celui-ci, rétorqua-t-elle, démonstrative, il s’en créé tous les jours, partout dans le monde. Ils sont le fief de pensées obscures et négatives. Aussi étrange que cela puisse te paraître, ces déserts ne sont pas désirés par… la Nature. Ils naissent ainsi, sans que cela ait été prémédité. Nous ne pouvons rien y changer. C’est ainsi. Neth Arkal comme on dit de temps en temps.

Le silence.
Plus de bruit.
Plus de paroles.
Seulement le souffle de la gardienne sur mon visage.

Et le silence est d’or.

D’or. Comme ses cheveux, pensais-je.

- Et maintenant ?
- Je dois t’emmener.
- Qu’ais-je fait pour être ici ?
- Tu le sais.
- Ça m’agace ce petit jeu.
- Pas un jeu comme les autres. Simplement le jeu de la vie.

Un deuxième arc coupe la conversation.
Plus puissant. Plus lumineux. Plus proche, surtout.
Le souffle produit par l’arc nous atteint.

Je lance un regard interrogateur vers la gardienne et m’écris :
- Qu’est-ce que c’est ?
- Le temps ici est déréglé. Au lieu de pleuvoir, le sable devient pierre. Au lieu de neiger, ces arcs apparaissent. Personne ne sait pourquoi ces phénomènes surviennent. Mais je sais ce qui peut calmer ces choses brillantes, dit-elle en désignant le ciel constellé.
- Quoi ?
- Les Vagues.
- Les Vagues ?
- Hum hum ! Les vagues, répéta-t-elle, pensive.
- De ce style là ? dis-je en levant la main et en retirant le cercle.

La gardienne ouvrit des yeux ronds ; ronds comme des billes. Et saisit ma main. Elle la contemple sous tous les angles et psalmodie:
- Les Sillons mènent à la Rédemption. Les Sillons conduisent à la Guérison. Celui qui en dispose, dispose de son existence. Il ouvrira la porte qui sépare l’I du C.
- C’est quoi ce charabia ?
- Une litanie. Des vers que j’ai apprise ici, dans ce désert.
- Je vois. Comme ce truc sur la peur, c’est ça ? La peur tue l’esprit etc…
- On pourrait dire ça, songea-t-elle, recluse dans ses pensées. Tu me suivras à présent. Tu peux le faire.

Le ciel se déchire tel un voile azur dans une détonation tonitruante.
Je songe à un arc.
Cette fois-ci encore plus proche, au combien puissant puisqu’il me projette en arrière. A peine revenue sur la terre ferme, que ma main se met à trembler. Je l’observe attentivement, les fesses coincées entres deux épais galets.
Les vagues tatouées (autre mot, autre oubli) à même ma peau semblent bouger, progresser autour de mon doigt.
L’arc vibre dans le firmament, ondoyant, éclatant et se propageant tel une maladie. Je remarque aussitôt que ce dernier paraît dissimuler une image particulière en son sein. Une espèce d’image figée.

Je pense irrationnellement aux Tramées du monde du pistolero.
Je pense, sans vraiment savoir pourquoi, au miroir d’Alice.

Face à tant de beauté et de magnificence, je tombe à la renverse.
Mon torse percute les galets et mon index droit croise la paume de ma main gauche.
Tout à coup, le temps gèle et les arcs se retrouvent immobilisés au-dessus de moi. Ils flottent dans les airs comme de gigantesques coupures.
Une chaleur intense m’irradie et me paralyse. La douleur est vive. Mes poings se serrent. Je sus abondamment. Je baisse les yeux. Une vaine idée me traverse l’esprit.

Tu ne vas pas te mettre à croire toutes ces conneries, claironne une voix dans ma tête. Ce ne sont que des foutaises ! Tu es en plein rêve… ou plutôt en plein cauchemar. Allez ! Relève-toi et continue ta route.

Et si ?
Un soupçon de suspicion circule dans mon cerveau, empreinte des canaux neuronales et une idée germe : je conduis les arcs. Je suis tombé, mon doigt a échoué dans ma paume et voilà que tout s’arrête comme si j’étais un chef d’orchestre cosmique et que les musiciens célestes n’écoutaient que moi.

La gardienne pose sa main sur mon épaule, je sursaute, mon index ne touche plus ma paume – la connexion est coupée – et les arcs reprennent leur course folle avant de se volatiliser. Elle sourit et s’écrit :

- As-tu saisis à présent ton importance ?
- Qu’est-ce qui vient de se passer ?
- Tu as laissé le prodige entrer en toi et tu es parvenu à faire des prouesses.
- J’ai vu des choses.
- Je sais. Il y a un monde de l’autre côté des arcs.
- Un monde ?
- Une autre réalité si tu préfères. Un autre ici, un autre quelque part.
- C’est là où tu veux m’emmener ?
- En effet.
- Que vais-je voir ou rencontrer ensuite ?

Pas de réponse.
J’oriente la paume de ma main gauche vers le ciel et mon index se ballade sur elle.
Le festival cosmique débute et des centaines d’arcs défilent.
Je m’y prends mal. Je n’ai aucun contrôle ; mes mains tremblent.
J’essaie de reprendre mes esprits.
Je laisse mon doigt vagabonder dans le creux de ma main et la vitesse des arcs décroît ; ainsi que leur nombre.
Je décris un triangle parfaitement isocèle et les élucubrations cosmiques s’atténuent. Les couronnes multicolores se dispersent et une seule demeure au-dessus de ma tête : colossale et majestueuse, ouvrant sa gueule protubérante comme le ferait un animal carnivore.

Je songe tout à coup aux Langoliers.
Je songe aux Funestomacs.

- Tu y es presque. Encore un effort, chuchote la gardienne.

A l’intérieur de mon crâne, des voix bourdonnent et des cris se dispersent.
Mes veines se dilatent. L’afflux de sang est plus rapide. Mon cerveau demande toujours plus d’oxygène.
Bientôt, la fatigue m’étreint et je sens mes genoux se frôler de plus en plus près ; encore et encore.
Le triangle devient équilatéral.
Le bandeau stellaire m’engloutit.
Je traverse son aorte puis son tube digestif.
Tout est tantôt obscur, tantôt clair.
Un long tunnel.
Je vais mourir.
Je me sens partir.
Je quitte la gardienne et le désert.
Je perçois un voile au loin : translucide. J’y vois à travers.
Il y a vraisemblablement quelque chose de l’autre côté.
Un autre où, un autre quelque part.

Je suis Quinn Mallory et je glisse entres les dimensions.
Je suis H.G Wells et je voyage dans le temps.

A suivre...
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mer 15 Sep 2004 - 17:23

ah bon dieu c'est longgggg, je n'ai lu qu'un tiers pour l'instant ! Malgré quelques maladresses grammaticales, ça se lit bien même si je ne suis pas friand du style de narration...
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Psycho666
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mer 15 Sep 2004 - 17:28

Voila, je cherchais comment le dire : la narration n'est pas banal, ce qui rend assez long à lire.
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mer 15 Sep 2004 - 17:39

jdelph a écrit:
C'est pas mal mais ça me paraît hors sujet, la voix dans la tête n'est pas assez présente, on ne sait pas trop pourquoi il pête les plombs finalement (la chose dans le bois ou le déménagement ?) Sinon un bon point car ça m'a fait pensé à Elephant et ce film m'a vraiment scié.
Ah! quelque erreurs d'orthographe (déformation professionnelle, désolé).

bien résumé !! je pense la même chose... un peu trop dilué aussi...
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tosca34
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mer 15 Sep 2004 - 19:57

EXELLENT !!! J'adore sérieusement ce texte .... j'ai l'impression de lire le Tome 8 de la série qui ne surtira jamais ou alors la fin du 7 ....
Les peronnages envoient tout de suite des echos, on se sent en térritoire ami ....Bref , je trouve ça super !!!
c'est vrais que c'est un peu long ... mais vivement la suite !!! :-)
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Muadusul
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MessageSujet: wow ca fai chaud au coeur de lire ça...   Jeu 16 Sep 2004 - 1:13

Merci c très gentil de dire ça!! Ca me va droit au coeur!!
J'hésite à mettre la suite en ligne... g peur que les quelques personnes qui aiment soit déçu...
Alors si d'autres personnes trouvent ça cool - et si Lou y jette un oeil - alors je metterais la suite...
A vos commentaires !!!
Mais merci mille fois pr vos réponses !!
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maerlyn
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Jeu 16 Sep 2004 - 1:29

Tu DOIS mettre la suite! fighting01

Plus sérieusement je trouves ta nouvelle assez destabilisante mais intriguante. Cela semble osciller entre la fantasy et la science-fiction.
Enfin en tout cas j'ai très envie de savoir la fin.
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Jeu 16 Sep 2004 - 8:41

Mais pourquoi je peux pas m'empéché de les lirent alors qu'ils n'y a pas encore la fin? fighting01 lol!
C'etait bien, seul reproche a faire: Y A PAS LA FIN!!!! lol!
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Muadusul
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MessageSujet: La suite !   Jeu 16 Sep 2004 - 8:47

A l'unanimité, je me dois de poster la suite ! J'espère décevoir personne... la suite n'est pas de la même trempe ! Bien sur c dla SF mais... enfin vous verrez quand vous le lirez ! Sinon j'suis assez surpris de vos avis car je l'ai fai lire à dotre personne de mon entourage et la 1 ere partie les a laissé pantois ! Enfin il y a plin de petites notes sur King donc il est normal que vous appréciez !!
Voilà la Suite !

* PROCHAIN ARRÊT : AUTRE Où, AUTRE QUELQUE PART *


Après avoir été régurgité par l’estomac cosmique, j’ai, semble-t-il, perdu toutes notions d’espace et de temps. La lumière a cessé et le bruit est revenu. Enfin lorsque je parle de bruit, il s’agit plus exactement du vacarme qu’a produit ma chute.

Mon dos a mal comme si j’avais été battu à mort.
Ma tête a mal comme après une beuverie monumentale.
Mes vêtements sont trempés : ma chemise dégouline et un liquide poisseux coule le long de ma nuque. Un breuvage qui sent le caramel.

Mes pieds – toujours découverts – touchent plusieurs objets froids. Des câbles selon toute vraisemblance. Ils serpentent sur le sol comme de monstrueux reptiles mécaniques.
Je ne vois absolument rien mais je parviens à sentir des planches du bout des doigts. Des planches de bois brisées, éparpillées sur le sol et suintantes.

Qui a foutu ce bordel ? C’est toi pauvre abruti !

Des sanglots dans le noir.
Je ne suis pas seul ici ; si ce lieu existe réellement.
J’explore les environs à l’aveuglette. Mes yeux recherchent la plus petite source, le plus petit grain de lumière. Mon regard se fait plus net, plus perçant. Malheureusement, aucun de mes efforts n’est concluant. Je rampe sur le sol car c’est la seule matière palpable ; mais aussi car c’est mon unique repère ici. Comment différencier le haut du bas sans lumière ni repère ? On ne peut tout simplement pas.

L’odeur de boisson caramélisée s’amplifie.
Ma chemise me colle à la peau.
Je suce un morceau de ma manche. Malgré les quelques fils qui se décousent et qui se collent aux parois ma bouche, je devine le goût de cette boisson.

Du soda ! m’écriais-je.

Étonnamment, après avoir ingurgité cette petite particule aromatisée, mon corps en réclame davantage. Cela signifie, dans un premier temps, que je suis en vie et dans un deuxième temps que je vais enfin pouvoir avaler autre chose que du sable.
Étais-je plongé dans un rêve ?
Où se trouvait véritablement ce Désert ?
Après tout, je m’étais peut-être endormi devant Dune et je me suis cassé la figure.
Dune ? Mon cerveau sait des choses que j’ignore.
C’est aussi simple que ça. Oui, ça ne peut être que ça. Je ne vois pas d’autre explication.

Toujours plongé dans le noir, mes mains jouent le rôle de senseurs, un peu comme le sonar pour les chauves-souris.
Le soda s’est déversé entièrement sur le sol. Quel gâchis ! J’ai soif ! Si soif !
Je gratte frénétiquement la moquette qui regorge de soda au caramel. J’en arrache d’épais morceaux et je les presse au-dessus de ma bouche pour que le liquide s’écoule. Cela ne parvient pas à étancher ma soif ; dans l’obscurité, on vise très mal.

Crac !
Un cercle orangé se dessine devant moi. Il flotte à un ou deux mètre de mon visage.
Le cercle devient une bille. Une bille toute ronde qui ondoie continuellement.
Une seconde plus tard celle-ci dégouline puis remonte et recommence.
Je ne saisis pas ce qui se passe. Serait-ce l’action d’une mauvaise magie ? Serait-ce la démonstration d’un pouvoir malin ?

Il y a quelqu’un ? dis-je, inquiet.

Comme on aurait pu s’en douter, il n’y a pas de réponse.

Un bruit de papier que l’on froisse ; un paquet de chips ?
Une canette de métal qui frappe un mur et passe juste à côté de moi.
Je ne suis pas seul, c’est sûr et certain.
La chose rote puis soupire.
Je me tiens prêt.
Prêt à affronter un ennemi dans le noir complet.

Les câbles rampent toujours et fouettent puissamment la moquette. Ils vont même jusqu’à en arracher des fragments.
L’un d’eux me saisit la cheville droite, la cheville gauche et m’immobilise sur le sol. Ma tête baigne dans le soda. Maintenant, je colle de partout.
Les murs semblent se rapprocher. J’ai la soudaine impression qu’ils gonflent et qu’ils se dégonflent.
Je suis captif d’une pièce vivante.

Crac !
Surgissant du néant, le cercle orangé réapparaît.
Il décrit des disques et des anneaux dans les airs ; bien plus étincelant que le précédent.
Une présence se déplace autour de moi. Ça me donne la chair de poule.
Je grince des dents ; je fais toujours cela lorsque je me sens démuni.

C’est ce que j’ai fait quand elle est morte… J’ai grincé, j’ai grincé, j’ai grincé des dents…
Mais ça ne la pas fait revenir pour autant…

La présence n’est pas muette comme j’ai pu le penser.
Je peux peut-être entamer une conversation.

« S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! lançais-je, hasardeusement. Pouvez-vous me détachez, je vous en prie.

Chut !

Je n’en reviens pas.
Je traverse un désert infernal, pareil à un océan de sel. Je passe à travers une sorte de trou cosmique. J’atterris dans un lieu dont j’ignore tout et voilà qu’on me dit de me taire. C’est la meilleure.

Un poil agacé, je relance la conversation :

« Je suis désolé si j’ai réduit en miettes votre magnifique table en bois, si j’ai troublé votre déjeuner ou si je vous ai offensé. Mais il faut que vous sachiez que ce n’était en aucun cas un acte prémédité. Je ne suis pas venu ici pour gâcher quoi que ce soit. Alors soyez gentil et retirez-moi ces liens…

Ça vous surprend si je vous dis qu’il m’a encore demandé de me taire ?
Je savais que la tâche allait être rude mais de là à être confronté à un mur de brique.
Je me suis débattu, tentant de défaire les liens moi-même.
Grand dieu que ces câbles sont larges ; et irritants qui plus est. En absence de lumière, on évalue très mal les distances et les échelles. De mon point de vue, ces fichues câbles devaient bien faire au moins huit ou neuf centimètres de diamètres.
J’ai continué à me débattre jusqu’à ce que je sente mon radius frotter contre le serpent d’acier.

La présence coupa aussitôt court à mon agonie.
Crac !
Le cercle s’est intensifié et une pâle lumière envahit la pièce.
Les câbles m’ont relâché – j’ai pu constaté par moi-même que mon os n’avait pas été touché – et j’ai levé la tête en direction de la clarté. Celle-ci était enfermée (tout comme moi) dans une prison de verre en forme d’ovoïde. A l’intérieur, le cercle baignait dans un liquide laiteux. Le tout était posé sur un réceptacle gris métallisé et relié par une prise. Je pus déchiffrer sur la tranche de l’objet : LAVALAMP (Lampe à magma).

- Je sais ce que tu vas dire. Et je te demanderais justement de ne pas le dire ! s’exclama la présence.
- Que suis-je supposé dire dans ce cas ? dis-je en croisant les bras.
- Tu pourrais commencer par une de tes innombrables questions, lança-t-il, sûr de lui. Et oui, ajouta-t-il, je sais également des choses qui sont tiennes.
- Des questions du genre ?
- « Qui es-tu ? », « Où suis-je ? » ou encore « Qu’ais-je bien pu faire pour tomber ici ? ». Tu vois, j’en sais des choses.

Le visage de l’homme était caché, retiré dans la pénombre.
Un bandeau ceignait son visage comme l’aurait fait un enfant qui a peur du noir. Il était aveugle probablement.
J’essaie de m’approcher de la lampe mais il m’en empêche. Les câbles sont toujours doués de vie. Ils peuvent m’empoigner à tout moment car ils sont encore à ses ordres.

- Tu peux, dans ce cas, m’éclairer à propos de ceci, dis-je en lui lançant le cercle de métal.
- NON ! cria-t-il en laissant tomber l’objet sur le sol.
- Pourquoi ne l’as-tu pas rattrapé ?
- JE NE PEUX PAS LE REPRENDRE, gémit-il. JE REFUSE.
- Pourquoi cela ?
- POURQUOI ? POURQUOI ? TU CHERCHES TOUJOURS DES REPONSES A TOUT.
- J’essaie simplement de comprendre.

L’homme reprend son calme et sanglote :

- Parfois, les souvenirs font bien plus de mal que le ferait une dague en pleine poitrine. Les souvenirs peuvent s’avérer être mortels lorsqu’ils sont bien employés. Tu peux comprendre ça quand même !
- Je ne vois pas le rapport entre toi et le cercle.
- Tout deviendra clair, crois-moi. Tout deviendra clair.

Il se lève et pointe son index en direction du mur ; le seul mur de la pièce qui n’est pas éclairé. Car même si la lampe émet une vive lumière, elle est positionnée de manière à n’éclairer que quatre murs sur trois.

- Qu’y a-t-il ? Que veux-tu me montrer ?
- Je pointe l’endroit que tu dois regarder, répondit-il en avalant une rapide gorgée de soda. Tu ne dois pas me voir.
- Pourquoi ?

J’entends un grognement puis l’homme se rassoit.
Après tout, qu’est-ce que je risque ?
Je me met debout, fixe le mur puis l’homme tapi dans l’ombre.
L’obscurité fait naître dans l’esprit des Hommes de sombres frayeurs. Il n’y a rien. Et c’est justement lorsqu’on ne peut voir les choses que l’on s’imagine les pires horreurs.
Si ça se trouve, la gardienne va jaillir du mur et me renvoyer dans le désert.
Le Désert. Je n’en avais jamais vu d’aussi blanc que celui-là ; père aurait sans doute était fier de moi.

Ma main avance lentement vers la supposé cloison.
Plus que quelques centimètres et elle entre dans les ténèbres.
Je tremble. Je retiens les spasmes avec mon autre main.
Je remarque instantanément les vaguelettes bleues. Je ne les aie pas oublié.
Je touche finalement le mur.
Non, ce n’est pas cela. C’est autre chose : rugueux, craquelé et souple.
Si je pouvais attraper cette Lavalamp.
J’utilise mes deux mains pour couvrir plus de surface. Mais la sensation est toujours aussi désagréable. Je comparerais ça à de la peau que l’on aurait fait cuir.
J’éprouve une drôle de sensation dans mon estomac, un tiraillement intestinal ou quelque chose du genre ; comme si mon nombril poussait à l’intérieur.

L’homme sort de sa léthargie et s’écrie :

- Tu possèdes autre chose qui puisse éclairer ce mur. Tu as dit ne pas les avoir oubliées…

J’inspire. J’expire.
Je dépose ma main gauche contre la toile et les lueurs azures reparaissent. Les vagues circulent rapidement autour de mon majeur.
Elles créent un anneau de lumière céruléen qui me permet de contempler la toile. Je ne m’étais pas trompé. Il s’agissait réellement d’une toile, d’une peinture.
Je l’examine calmement et un détail m’intrigue : tout est lactescent ou presque. Des dômes laiteux se lèvent de-ci, de-là et une bosse – bien plus volumineuse que toutes les autres – s’élève vers le ciel totalement bleu.
Deux squelettes jaunis sont étendus au premier plan.
En arrière plan, une sorcière se cache derrière une dune.
Tout cela ne m’est pas étranger.
On dirait le Désert.
Les contours de la toile sont en ivoire et semblent faire partie du paysage.
Je m’arrête brusquement au bas du tableau où figure un titre et deux initiales : « A travers la bouche de métal » et M.S.

La pièce bouge.
L’odeur de caramel devient insupportable.
L’homme ricane dans l’ombre.
Le tableau veut m’aspirer mais je ne veux pas y retourner.
Il ouvre une immense gueule faite de morceaux de toile et d’ivoire.
Il me veut moi tout comme la Gardienne m’a voulu.
Qu’ont-ils tous après moi ?
Une seule personne ici ne me désire pas : l’homme aveugle.
Mon estomac est aspiré par la gueule. La souffrance me tétanise.
Je sens mon nombril grandir de l’autre côté ; il progresse en moi.

Je croise les bras devant ma figure.
La gueule s’évanouit.
Les vagues s’éteignent.
Mon esprit se braque.
La Lavalamp disparaît et Clic !
Un lustre illumine la pièce ; elle est plus petite que dans mes conjectures.
Un plafonnier aux formes arachnéennes : pourvu de trois ampoules aux allures de gouttes de pluie et de trois pattes piquantes et pointues.
Je retire mes bras et jette un œil par-dessus mon épaule.
L’homme se tient à côté d’un interrupteur, raide et immobile.
Le sol est jonché de câbles, de planchettes cassées et de pièces de moquettes mâchonnées. Un sachet de nachos et un pack de Docteur Pepper gisent sur le sol tels d’odieux cadavres gastronomiques.

- Maintenant que je sais à quoi vous ressemblez, on va pouvoir bavarder tous les deux ! m’exclamais-je, rudement.
- Pourquoi pas, rétorqua-t-il, assuré.

A suivre ...
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Jeu 16 Sep 2004 - 11:05

J'ai mis à jour mon post (page 1) contenant ma nouvelle avec une petites suite !!

http://clubstephenkinglille.forumactif.com/viewtopic.forum?p=2150#2150
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Jeu 16 Sep 2004 - 17:17

ET Mr LOU VAN HILLE !! tu nous lances des sujets mais tu ne dis même pas ce que tu en penses.... Sors un peu de ta Tour Sombre vindiou ! Very Happy
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MessageSujet: vindiu   Jeu 16 Sep 2004 - 17:48

il est vrai que Mr Lou est indisponible pr le moment! C kil a un paquet de chose a faire et qu'il doit partir en stage dans pas longtemps ! Et qu'un site web reste un site web ! On a ts une vie en dehors !!! Mais c vrai qu'il pourrai dire ckil pense de nos histoires quand même !!!
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Ven 17 Sep 2004 - 16:04

Personne n'a encor lu la suite de mon histoire... c vrai que c plus que moyen... bon je ne posterai pas la suite voilà ! de tte façon ce ne sera pas une grande perte !!!
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Ven 17 Sep 2004 - 16:20

Citation :
Mais c vrai qu'il pourrai dire ckil pense de nos histoires quand même !!!

et toi les as-tu lu ???
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Ven 17 Sep 2004 - 16:56

J'ai commencé à lire la tienne mais je suis au regret de te dire que j'ai pas trop accroché... je sais pas c un air de déjà vu... j'sais pas c t tro connu pr pouvoir bien rentrer dedans...
Mais sinon le style d'écriture est pas mal, tu décris à merveille mais l'histoire jla truv un peu légère...
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Ven 17 Sep 2004 - 16:59

ok merci de m'avoir lu !!
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Ven 17 Sep 2004 - 17:42

Hééééééééééé !!
c'est pas juste !!! Tu dois mettre la suite !!! On veut savoir ce qui va arriver a ce héros ....
Juste une question : que savais-tu de la tour en écrivant cette nouvelle ??
la suite est moins longue que le début : donc plus facile à lire ... Mais la suite est nécéssaire !
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Ven 17 Sep 2004 - 17:52

Ben je savais un ptit peu de chose... mais pas otan que Lou ! Tu as lu la suite ? Elle est comment ????? Dit-moi cke tu en as pensé steplé c important !!
Merci encor pr ces encouragements !!!!
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Sam 18 Sep 2004 - 10:30

pour ceux qui ont suivis les deux episodes précédents de mon histoire, voici la troisieme partie... On en apprend un peu plus mais pas tellement plus en fait ! Sinon jattend vos reactions par rapport au deuxieme post de mon histoire... si vs avez lu, si vs avez aimé...
Donc voilà ! Dite moi ce ke vs en pensez !!

* LE VOL DE LA TOILE *


L’homme s’est approché d’un vieux pick-up, a sorti un disque d’une grande pochette en carton et a placé le vinyle sur la machine. Le diamant a gratté les sillons et une mélodie est sortie de deux baffles de très mauvaises qualités. J’ai reconnu l’air à la seconde où le couplet a démarré. Comment en aurait-il été autrement ? Je connaissais cette chanson sur le bout des doigts.

I can't see the point in another day
When nobody listens to a word I say
You can call it lack of confidence
But to carry on living doesn't make no sense

The Police ! m’écriais-je.

Sur le moment, la chanson ne m’évoque rien d’autre qu’une nostalgie douce heureuse. Ce qui n’est pas le cas du type en face de moi qui ne quitte plus son mouchoir. Il pleure chaque fois que Sting entame un « I can’t stand losing you ! ».
Pauvre gars. Je me demande bien ce qui a pu lui arriver pour qu’il se mette dans un état pareil. Vous allez me dire, après tout, que je suis sans aucun doute, responsable de tout ça. Dans une certaine mesure, ce n’est peut-être pas aussi curieux que cela. Qui a foutu en l’air son splendide mobilier, sinon moi ?

L’aveugle s’est laissé tomber sur un immonde sofa bleu : aux accoudoirs dévorés, aux coussins éventrés et aux éternels ressorts pointus qui vous piquent et écorchent le postérieur. Je me demande même comment il peut encore rester couché là-dessus. C’est usé, fatigué, rongé par une famille entière de rats si ça se trouve ; ou est-ce quelque chose de bien plus effrayant ?
L’imposant canapé est adossé à un mur nu, couleur crème (ou je pense que cela ressemble à de la crème car la faible lumière orangée que diffuse la lampe fantaisie modifie les spectres lumineux). De part et d’autre du divan se dressent à la fois, la Lavalamp et le mange-disque démodé.
Quant à moi, j’ai prit possession d’une autre antiquité sale et abominable : un petit fauteuil aux tons rouges, dont les appuie-bras surmontés de deux têtes de lions font ressortir toute la noblesse de l’objet. Un fauteuil de grande valeur, pour sûr. Une babiole dégotée dans un fourre-tout lugubre et qui vaut une petite fortune.

La pièce où nous nous trouvons n’est pas si éloignée de l’endroit où j’ai atterrit. Un simple pan de mur nous sépare. Pas épais. Fait de plâtre et très peu solide. Une sorte de barrière qui désunit deux lieux distincts.

A ma droite : le noir.

Je parierais sur un corridor ou un vieux placard. Encore que cela reste à prouvé, vu qu’il n’y a pas la moindre charnière, vis, clous ou chose de ce genre autour dudit trou.

La pénombre est maîtresse des lieux. J’arrive néanmoins à discerner une partie du visage de l’aveugle : mâchoire anguleuse, air sévère, très peu de cheveux, pas de moustache ni de barbe, pas de lunettes (des verres de contact ?) mais des yeux injectés de sang. Ou je l’imagine avoir ces yeux-là. Des yeux perpétuellement humides, gonflés, boursouflés de tristesse. Il doit certainement pleurer toute la journée, la tête entres ses genoux, avalant une après l’autre des dizaines de canettes de soda, se goinfrant de Vico goût paprika, ressassant les mêmes idées noires, les mêmes peurs, les mêmes interrogations et les mêmes personnes. Oh, un homme dans un état pareil est un homme amoureux.

Une seconde ! Il a son bandeau sur les yeux…

- Vous aimeriez bien savoir ? me demande-t-il, allongé sur ce sofa comme un patient qui se confie à son psy
- Savoir quoi ?
- Pour mes yeux ! Voyons, je sais très bien que ça vous turlupine.

Il lit dans mes pensées ?

- Pas du tout, c’est juste que…
- C’est juste que quoi ?
- Ben j’ai toujours été très curieux et puis…
- Vous vous êtes dit pourquoi ne pas savoir. Ce sera un mystère en moins sur ce pauvre type à qui j’ai défoncé la cuisine.
- Mouais, je n’aurais pas formulé ça de cette façon mais j’avoue que c’est assez proche.
- Je me le suis fait moi-même, siffla-t-il rapidement. Un jour, j’en ai eut marre et… voilà quoi !

Je le dévisage, interloqué mais il reste dans la même position.

- Vous voulez me dire que c’est intentionnel ? Qu’un beau jour, vous avez ouvert le tiroir de votre cuisine, que vous y avez trouvé un couteau et que vous vous êtes crevé les deux yeux ?
- Je ne les ait pas crevé, répondit-il en se passant la main sur le visage, signe de son exaspération. Ils sont crevés, il n’y a plus aucun doute mais je ne me suis pas servi d’un couteau.

Là je m’attends à ce qu’il me décrive en détails son automutilation ou, pire, qu’il m’en fasse la démonstration sur moi, par exemple.

Je reste silencieux et calme. Je dissimule mes mains sous ma chemise ; je ne veux pas qu’il me voit trembler. Car c’est terriblement con mais j’ai une trouille bleue.

Quoi que vous puissiez penser, j’aimerais bien vous voir dans mon cas : un type bizarre vous annonce qu’il s’est lacéré les yeux lui-même et il se tait soudainement. Votre choix prochain pourrait bien sceller votre vie – non pas la marquer quoique, ça se tient – mais plutôt la raccourcir, si vous me suivez. Qu’est-ce que je fais ? Je parle ? Si je continue, il pourrait très bien bondir de son sofa, sortir un rasoir et me défricher la gueule façon champ de maïs. Inversement, si je me garde d’ouvrir la bouche, il pourrait, dans un coup de folie, avoir envie d’entendre ma jolie voix et me donner un coup (de tourne-disque) dans la tronche.

Les câbles tremblent. Mes mains également.
La chanson s’arrête. Sting ne chante plus. On n’entend rien de plus que le crépitement du diamant sur le dernier sillon du vinyle.

- Je ne vais pas te faire cette joie, s’écrit-il, à demi léthargique.
- Quelle joie ?
- Ben oui, tu ne vas quand même pas croire que je vais te dire comment et pourquoi j’me suis fait ça alors que t’as fait irruption dans ma vie et que tu as démoli ma belle cuisine ?

Je me retiens de ne pas lui sauter au cou, de lui enfoncer mes deux mains dans ses orbites vides et de lui faire avaler sa foutue cuisine par ses trous de nez.
Il se relève et s’assit sur le sofa, raide comme la justice. Sa tête se trouve dans le même axe que la mienne. Sa bouche s’entrouvre et il murmure :

- Cette histoire est reliée à une autre. En fait elle est le point de départ de tout ce qui est allé de travers dans ma vie. Mais du même coup, tu vas avoir les réponses à tes questions. Toutes les réponses.
- Des réponses sur quoi ? Le désert ? Le cercle ? Le tableau ? Cet endroit ?

Je me retiens de le dire mais ça finit par sortir :

- Même sur toi ?
- Sur TOUT, rétorque-t-il en rapprochant sa tête de la mienne de quelques centimètres.

L’aveugle détache le morceau de tissu qui masquait son regard mortifié puis le lance en l’air. Je m’efforce de fixer le bandeau. L’étoffe se gondole, se dandine puis échoue sur le sol, totalement enneigé.

- Même sur toi ?
- De la neige ? m’écriais-je, surpris.
- Le ciel était constellé de milliers de petits flocons purs et uniques. Nous étions alors au mois de décembre ; à quelques jours de Noël.

La pièce se transforme tout à coup. Les murs se sont rendus invisibles et à la place est apparue une rue recouverte d’une bonne épaisseur de neige. La circulation est réduite. Deux jeunes gens – un homme à capuche et une demoiselle vêtue d’une doudoune sombre – se promènent et essaient de ne pas glisser à chacun de leurs pas. L’aveugle n’est plus là – tout comme moi d’ailleurs – mais sa voix résonne toujours, comme échappée d’un haut-parleur industriel :

- Il faisait froid à pierre fendre. Nous allions célébrer la première année de nôtre rencontre à Tess et à moi. J’avais prévu de lui offrir une bague de fiançailles. La neige avait quelque chose de romantique. Ses lèvres étaient bleuies par la froidure. Je m’efforçais de la réchauffer du mieux que je pouvais. En retour, elle se pressait tout contre moi, et me caressait les fesses au passage.

Non ! Pas possible ! Ce type est l’aveugle. D’où je suis, je ne vois presque rien, je devrais peut-être me rapprocher.

Les amoureux traversent la rue en évitant les épaisses plaques de verglas et se retrouvent finalement de l’autre côté. La jeune fille se secoue la tête, faisant onduler sa longue chevelure dorée et embrasse le jeune homme sur les lèvres. Celui-ci l’a saisit à la taille et ils contemplent tout deux la pancarte accrochée au-dessus de leur tête : Là où les antiquités reposent pour toujours.
La voix reprend :

- Une brocante. Tess adorait ce style d’endroit. Elle disait qu’il y régnait une sérénité et un parfum d’histoire. Je n’avais jamais rien senti de plus que la poussière qui obstruait mes narines. Mais qu’est-ce qu’un homme peut faire face au doux sourire de sa bien-aimée ?

Ils poussent la porte et pénètrent à l’intérieur. La jeune fille tapote ses bottines de cuir alors qu’il ne racle qu’à peine ses pieds sur le tapis.
Autour d’eux, des bricoles, des babioles, des vieux meublent qui ne font qu’encombrer la pièce et la rendre encore plus restreinte. Au bout de l’allée – construite par le peu de place qu’il reste entres les objets – un jeune trentenaire compulse de gros registres derrière un bureau en acajou. Ce doit être le brocanteur.
Puis :

- Je n’ai pas su quoi penser la première fois. J’avoue que j’ai été fort étonné. Aure m’a frappé pour que je revienne à la réalité. J’étais absorbé par ce que je contemplais et d’après elle, on aurait pu me castrer que je n’aurais même rien senti. Je n’étais plus là. J’étais ailleurs. Un autre où, un autre quelque part. Elle m’a demandé, de sa voix monocorde, si elle avait dit quelque chose qui ne fallait pas. Mais je n’ai pas su quoi lui répondre. Pendant presque douze bonnes secondes, je n’étais plus moi-même.

Tess lui prend la main et ils se dirigent vers le bureau. Le brocanteur lève la tête et la jeune femme lui pose de nombreuses questions sur la chose qui traîne à côté de la grosse malle rouge.

- Pas de son. Je n’entends plus. Je pense alors aux bouchons de cérumen que j’avais, enfant. Mes yeux sont rivés dessus, verrouillés, bloqués. Je ne peux pas détourner le regard. L’attraction est trop forte. Je fais quelques pas vers la malle et contemple l’objet d’encore plus prêt. Je foule la toile des doigts : une espèce de tissu vivant, presque charnel. Loin, on m’appelle de très loin : Om… Om… Oma… Homa… Thoma… Est-ce la toile ? Serait-ce elle qui s’adresse à moi ? Je ne cille pas et me focalise sur elle. En dehors de mon champ de vision, Aure prit le brocanteur de faire quelque chose. Je suis secoué, giflé. Un verre d’eau m’a même échoué en pleine figure. Mais je ne veux pas, je ne peux pas bouger.

Durant toute la scène je suis resté derrière le jeune homme. Je m’aventure à présent au-delà et jette un œil au-dessus de son épaule. Le Désert ! Identique aux précédents : le lieu et la peinture. Le type reste couac, la bouche ouverte et les yeux ronds comme des soucoupes. Sa fiancée le relève – assistée par le gentil antiquaire, qui risque tout de même un regard coquin en direction du décolleté de la demoiselle – et continue de l’appeler.

- Tess semble me hurler dessus. Qu’ont-ils après moi ? Le brocanteur s’y met aussi. Ho ! Quoi ? Mais vas-y ne te gêne pas, lorgne autant que tu veux, j’te dirais rien. Espèce de bâtard ! J’vais t’en foutre moi ! A mater la poitrine de ma fiancée.

Moins d’un douzième de seconde plus tard, le trentenaire est étendu sur le sol. Il retient le sang qui s’écoule abondamment de son nez et de sa bouche ; et ce qu’il ne sait pas c’est que plusieurs dents se sont déchaussées. C’est la petite souris qui va être contente !

Qu’est-ce qu’il lui a mit dans la poire ! J’ai bien fait de me méfier. Le couple s’apprête à sortir lorsque Thomas fait brusquement demi-tour, s’empare de la toile et sort comme une furie. Le type vautré sur le planché ne se relève même pas. Pourquoi donc ? Il était en faute, non ? J’aurais été à la place de Thomas, je lui aurais fait encore bien plus mal. Je peux être sadique et pervers quand l’opportunité se présente.

Il s’est produit la même chose qu’avec moi. Nous sommes liés à cette toile ; l’aveugle et moi. Pourquoi le désert blanc produit-il ce drôle d’effet sur nous ? La toile a-t-elle était peinte à partir de pigments spéciaux ? A base de narcotiques puissants ? J’aurais beau me torturer l’esprit, je ne trouverais jamais la réponse. Thomas possède les clés. Il sait. Je dois simplement arriver à lui soutirer ces informations de la manière la moins agressive possible ; essayons de ne pas répéter l’épisode de la cuisine.

- A la suite d’un détour – dans notre troquet habituel – nous avons retrouvés nos pénates : un tout petit appartement niché au cœur d’un village dépeuplé et tranquille, Falmacre. Un petit nid douillé où nous ne pensions pas nous installer définitivement mais où nous pensions faire une partie de notre vie ; avant de songer à mettre notre premier enfant en route et d’acheter la maison de nos rêves. Tess était encore sous le choc de l’altercation avec l’antiquaire et sa moue trahissait ses ressentiments à mon égard. Elle éternuait et se frottait énergiquement le nez : signe de son mécontentement. Je l’aie prise dans mes bras et je lui aie juré de ne plus m’emporter comme je l’avais fait…

La voix était teintée de sanglots et de spasmes. L’appartement ondulait comme dans un vieil épisode de Scoubidou, lorsque Fred, Daphné et la bande démasquaient le monstrueux individu qui complotait contre un promoteur ou dieu sait encore qui. Le rêve dans lequel j’étais plongé – contre ma volonté – s’effilochait et se détruisait graduellement. La tristesse du narrateur rendait le tout instable. La petite kitchenette qui comptait l’une des plus spacieuses pièces de leur appartement se volatilisa et le mur crème reparut. On se retrouva finalement au point de départ, au creux des coussins du canapé et du fauteuil.

Le bandeau rouge vif s’était enroulé autour d’un des pieds de mon fauteuil. Et lorsque je le remarquai, je ne pus me retenir une minute de plus :

- Qu’est-il arrivé ensuite ? Il y a bien quelque chose qui se passe après, non ? Je suis certain que vous me réservez encore bien des surprises !

Thomas place un coussin sur sa figure et pleure.
Pendant qu’il se lamente sur je-ne-sais-quel-sujet-foireux, je me pose toujours cette même question : si ses yeux sont crevés, comment peut-il pleurer autant ?

A suivre...
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Sam 18 Sep 2004 - 13:43

Citation :
- Qu’est-il arrivé ensuite ? Il y a bien quelque chose qui se passe après, non ? Je suis certain que vous me réservez encore bien des surprises !

Eh bien oui: Qu'est-il arriver ensuite? J'aimerai bien savoir moi! jumping38
C'est bien, en fait je trouvent toutes vos histoires "trop fatales" comme qui dirai. lol!
J'espere faire a moitié aussi bien que vous tous. Boulet
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Sam 18 Sep 2004 - 18:16

Que dire d'un p'tit nouvellement inscrit qui poste déjà une de ses nouvelles ? Prétentieux ? Roooh ! Shocked Crying or Very sad

Tant pis, je tente le coup, et vous me direz si je dois vite me désinscrire ou si je peux rester caché dans un coin.

Je ne suis pas encore beaucoup intervenu dans les autres topics parce que je suis nouveau justement et que j'ai pas mal de choses à lire, c'est un forum assez complet. Donc le temps de rattraper mon retard et je suis à vous. Bonne lecture :


La guerre du pétrole




Une voiture passa en trombes devant le garage de Martial. Le bruit du pot d‘échappement crevé le tira de la torpeur dans laquelle l’avaient plongé ses camarades bouteilles. Il releva la tête et regarda au dehors. Il n’y avait plus rien. La route était vide, désespérément vide. Ce n’était qu’une longue langue noire immobile. Bientôt, il l’aurait, pensa-t-il avec espoir. Bientôt il pourrait. Il se passa une main sur les yeux mais la brume qui flottait dans son regard ne se dissipa pas pour autant. Martial se leva et approcha de la vitrine. Le reflet de son visage dans la vitre dissimulait l’extérieur. Il ouvrit la porte et profita du silence. Trois jours auparavant, il avait décroché la construction de cuivre qui tintait à chaque fois que quelqu’un ouvrait cette fichue porte, ce qui était de plus en plus rare ces derniers temps. C’était la crise, se disait-il à lui-même.
Dehors, l’air était glacial et vif. Une légère bise soufflait et faisait battre le pavillon noire planté sur le faîte du toit. Il fit quelques pas sur l’épaisse couche de sable qu’il avait fait installée quelques semaines plus tôt sur sa propriété, par précaution. Mais l’approche de l’hiver avait tendance à engourdir son ennemi et plus on approchait du cœur de la saison, moins il avait à craindre. Il approcha de ses pompes dont les cuves étaient vides depuis bien longtemps. Hors de question d’importer du pétrole par les temps qui courent. Il se racla le fond de la gorge et éructa un gros mollard sur le sol. Pendant une seconde, il crut discerner un mouvement sous le sable mais l’image disparut très vite de sa vision. Dans l’état où il était, il avait tendance à ne pas croire ce que lui disaient ses yeux. C’était son cœur qu’il écoutait. D’abord parce que tant qu’il battrait, Martial serait vivant pour lutter et ensuite parce qu’il était le seul à ne pas se tromper, contrairement à ses yeux ou ses oreilles qui souffraient d’hallucinations chroniques. Il lui arrivait même de sentir des odeurs de goudrons cramoisi quand il voyait le soleil de l’après-midi frapper dur sur la route. Pourtant, et il le savait, il ne pouvait faire plus de quinze degrés à cette époque, même au milieu de l’après-midi. Et quinze degrés, c’était le seuil minimal. Au-delà, il fallait rester en alerte.
Martial fit demi-tour et rentra dans sa boutique. Nuit ou pas, froid ou pas, hallucination ou pas, il n’aimait pas trop regarder les choses bouger d’elles-mêmes au dehors. Il verrouilla la porte et baissa le store. Ce n’était qu’un geste symbolique pour cacher ce spectacle vide parce qu’il devait à tout prix garder un œil sur l’extérieur. Il alla jusqu’à son arrière-boutique et se vautra sur le vieux lit grinçant. Dans le bon vieux temps, il se couchait là après le repas pour prendre un peu de repos. En général, les clients n’arrivaient pas trop à cette heure-là. Alors il se couchait là et pensait à sa famille. Sa pauvre famille qui ne vivait pas trop mal, selon lui. Il rapportait à la maison bien assez d’argent pour mener une vie raisonnable. Bien sûr, il ne pouvait pas s’acheter une voiture neuve rien qu’en puisant sur son compte bancaire mais sa vie lui convenait tout à fait.
La première fois, c’était son fils. Il mourut en faisant du roller sur ce maudit terrain de jeu fraîchement construit par la mairie. C’était un soir, assez tard. D’habitude, Mathias rentrait à la maison avant le dîner, c’est à dire avant 19 heures. Exceptionnellement, ce soir-là, Martial lui avait accordé un petit plus : 20 heures 30. Mathias devait s’entraîner davantage car le roller était le sport du mois à l’école en éducation physique et il avait bien l’intention de décrocher une excellente note. Alors sa mère lui avait préparé quelques sandwiches pour qu’il soit en pleine forme. Ironiquement, c’est à 20 heures 30 que les policiers arrivèrent chez Martial pour annoncer d’une manière assez directe qu’ils venaient de retrouver un bras sur le terrain de jeu. Clarisse, la femme de Martial, n’avait pas pu supporter d’aller identifier un bras à la morgue. Identifier cette horrible cicatrice qu’il s’était faite en jouant avec la machine à tricoter de sa grand-mère. Il y avait sur ce genre d’engins de longues tiges d’acier très souples et très peu maniables. Elles se dandinaient dans tous les sens quand on les tenait par un bout. Elles étaient très pesantes et encore plus sur un enfant de trois ans. Sa grand-mère avait failli mourir sur place en voyant le petit Mathias couvert de sang, couché sur le sol. Et maintenant c’était sa mère qui pleurait en voyant cette même blessure, le dernier vestige de son enfant perdu.
Martial essuya ses yeux humides du revers de sa manche et se leva. Il tira son fusil de sous son lit et le posa sur le comptoir, dans la boutique. Il éteignit les lumières, ferma les grandes portes de son garage, alluma la radio tout doucement et se recoucha. Il ferma les yeux et écouta les informations, toutes plus morbides les unes que les autres. La lutte continuait encore et toujours contre cet ennemi omniprésent, tout autour du monde et on annonçait un record de chaleur pour le mois de novembre toute la semaine suivante. Martial ferma les yeux très fort, vit défiler plusieurs couleurs jusqu’à ce que le son de la radio s’atténue, jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement, jusqu’à ce qu’il sombre, dans le sommeil ou dans la mort, peu lui importait.
Malheureusement, le lendemain, Martial se réveilla. Il avait encore la tête pleine de nuages humides, de terres détrempée. Il ouvrit les yeux avec peine et tenta de se lever. Il abandonna aussitôt en voyant son garage tourner autour de lui à une vitesse hallucinante. Il serra sa tête entre ses paumes et attendit. Il sentait la chaleur irradier à travers les portes du garage qui avaient la fâcheuse tendance à transformer la grande pièce en serre surchauffée. Finalement, Martial se leva avec un mal de crâne terrible, comme si Quasimodo faisait du zèle avec ses cloches, ajoutant par-ci par-là quelques grands coups de gong. Il se dirigea en titubant jusqu’au comptoir et releva le store de la porte d’entrée. La route était toujours aussi noire. La bande blanche centrale avait disparu. Pas bon signe, ça, pas bon signe du tout, pensa Martial, puis il s’assied derrière sa caisse enregistreuse. Tout près de lui, un autre fusil l’attendait, bien sagement, debout dans un coin. Et pas très loin, une pleine boîte de cartouches arboraient leurs magnifiques couleurs rouge et vert. Martial se sentait en sécurité car pour lui, les armes étaient synonyme de sécurité, mais face à l’ennemi du monde, elles seraient aussi inutiles que de l’alcool à brûler dans la lutte contre les incendies.
À nouveau, il sortit sur le sable devant la boutique. En effet, le soleil était bien présent et, aussi loin qu’il put voir, le ciel était d’un bleu magnifique. Le son de la radio lui parvenait de l’intérieur de la boutique par la porte ouverte. Deux semaines de beaux temps au programme ! Si on pouvait appeler ça « beau ». Comment quelqu’un pourrait-il encore apprécier la beauté du soleil et les plaisirs de la chaleur ? À présent, le monde ne souhaitait qu’une chose : que l’hiver arrive pour engourdir l’ennemi et que la neige le recouvre de son linceul pudique. Martial s’approcha de la route, de ce monstre affamé. Il s’arrêta à quelques centimètres de la limite entre le sable et le goudron noir. Il tira un revolver de sa salopette et visa l’endroit où devait se trouver normalement la ligne blanche continue qui séparait autrefois les deux voies. Il tira cinq fois et son chargeur se retrouva vide. Il observa, le regard vide, les cinq trous dans le revêtement de bitume. Voyant le goudron, doucement, se refermer sur les balles et les avaler goulûment, Martial fut pris d’un désespoir sans fond. Il pensa encore à ses enfants et à sa femme. C’était une obsession qui l’obnubilait de plus en plus, à tout moment de la journée. Parfois, il n’arrivait même plus à voir ce qui l’entourait. Il n’avait que de vieux souvenirs devant les yeux, rien d’autre. Ça devenait insupportable. La dernière solution, l’ultime échappatoire paraissait de plus en plus évident. Sans oublier que les vivres commençaient à manquer dans sa petite boutique. Cela faisait bien un mois qu’il tenait bon, peut-être même deux, voire un an, après tout, il n’avait aucun moyen de le savoir. Les fils en caoutchouc du téléphone n’existaient plus. Ils s’étaient ramollis, liquéfiés puis avaient sans doute rejoint leur mère à tous, la route la plus proche, le point de ralliement du pétrole. Seule la radio diffusait ses nouvelles du monde et la météo pour les jours à venir, comme si quelque part, on espérait que quelqu’un puisse encore écouter la radio.
Un vent violent et soudain décrocha la vieille casquette pleine de cambouis de la tête de Martial et l’envoya valser sur la route, beaucoup plus loin. La casquette rouge alla se percher sur un bout de métal qui dépassait de l’asphalte. Martial reconnut la voiture de la veille, à demi-engloutie par la route. Aucun espoir, pensa-t-il. Plus aucun espoir. Il posa le canon de son arme sur sa tempe et tira trois fois puis, s’apercevant que le chargeur était vide, il jeta le pistolet sur la chaussée. Lentement, très lentement, le pistolet disparut dans les profondeurs de la route. Elle avait très faim. Pas comme sur le terrain de roller où Mathias avait été le dernier de ses camarades à avoir été avalé par le monstre repu. Non, cette route était affamée. Cela faisait des semaines qu’elle n’avait rien mangé d’organique, seulement ce malheureux chauffeur qui avait cru échapper à son sort en roulant vite. Il avait dû oublier que ses pneus étaient en gomme, matière dérivée du pétrole. Martial posa un pied sur la route et un étrange frisson parcourut tout son corps. Il sentit une chaleur irradier en lui.
Deux heures plus tard, il n’en restait rien.
Aucun espoir.
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Seigneur Uldrich d'Akas
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Sam 18 Sep 2004 - 18:22

Désolé, c'était moi là au-dessus, j'vous jure ! Razz

Donc j'me présente, appelez-moi Alex. Voilà, encore désolé, le login automatique a pas dû fonctionner...



(non non j'accuse pas le forum de pas faire son boulot !! Neutral )
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Seigneur Uldrich d'Akas
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Sam 18 Sep 2004 - 18:23

Désolé, c'était moi là au-dessus, j'vous jure ! Razz

Donc j'me présente, appelez-moi Alex. Voilà, encore désolé, le login automatique a pas dû fonctionner...



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Littleangel_be
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Sam 18 Sep 2004 - 18:48

J'ai trouver ca chouette. yesmaster Bienvenue parmi nous viveleforum
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maerlyn
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Sam 18 Sep 2004 - 19:07

welcome

Tout à fait d'accord c'est une excellente histoire. Bravo.
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tosca34
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Sam 18 Sep 2004 - 23:28

Citation :
Quoi que vous puissiez penser, j’aimerais bien vous voir dans mon cas : un type bizarre vous annonce qu’il s’est lacéré les yeux lui-même et il se tait soudainement. Votre choix prochain pourrait bien sceller votre vie – non pas la marquer quoique, ça se tient – mais plutôt la raccourcir, si vous me suivez. Qu’est-ce que je fais ? Je parle ? Si je continue, il pourrait très bien bondir de son sofa, sortir un rasoir et me défricher la gueule façon champ de maïs. Inversement, si je me garde d’ouvrir la bouche, il pourrait, dans un coup de folie, avoir envie d’entendre ma jolie voix et me donner un coup (de tourne-disque) dans la tronche.

LOL !! celui-la est trés marrant !!! ce texte s'améliore de jour en jour !!
La suite !! la suite !!! La suite !!!
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Muadusul
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Lun 20 Sep 2004 - 15:51

Bon ben je vois que l'histoire vous plait... alors je poste la 4 ieme partie... la dernière que j'ai écrite, je me suis arreté par manque de temps et d'intéret de l'histoire ! Alors si vs voulez la suite, faite comme avec King et la Tour Sombre !!!! SUPPLIEZ MOI ! (dsl, exces de confiance en soi mdr) !!!!


* LE JEU *


Le cercle a roulé sur le sol et s’est égaré dans la pièce. Thomas n’a pas voulu saisir l’objet en plein vol. Me torturer l’esprit ne va pas m’aider pour autant. Mais je me demande ce que je vais bien pouvoir découvrir en l’écoutant une fois encore.

Ses sanglots s’arrêtent. Il plante ses coudes dans les creux du sofa, jette le coussin sur le tourne-disque et se dirige vers un recoin de la pièce plongé dans le noir absolu. Le pick-up chavire, puis s’écroule sur la moquette comme une vulgaire tour de garde, le bras se désarticule et se fige sur le sol tel un dard prêt à piquer, le diamant vole et transperce l’accoudoir du sofa tel une balle de revolver. L’appareil tout entier a rendu son dernier son : il ne jouera plus. Quelque peu surpris, je m’enfouis dans mon fauteuil, resserrant mes doigts sur les accoudoirs et grinçant des dents.

Je regarde brièvement le pied de mon fauteuil et constate que le bandeau n’y est plus.
Un chiffon qu’on froisse.
Un gargouillis atone.
Je roule des yeux vers l’embrasure de la porte qui figure juste à ma droite ; si silencieuse et si tranquille. Quelle pièce dissimule-t-elle ? Est-ce un garde-manger ? Est-ce là que je vais être conduit lorsque l’aveugle m’aura tout raconté ?

Temps mort !

Où est-ce que cela va me mener ?
Sont-ce des étapes en vue d’un test ?
Est-ce que je participe à un jeu de télé-réalité totalement dénué de sens ?
Si c’est le cas en suis-je la vedette ?
Peut-être que Thomas est mon adversaire. Dès lors, si cette conversation est un duel, je dois le gagner à tout prix !
Cette pièce représente le ring.
Nos esprits sont nos armes et les mots nos munitions.
Pour le moment je suis assez mal en point. L’aveugle m’a joué le rôle du pleurnichard incompris. Et le pire c’est que ce n’est pas encore terminé.
Une question pourtant se pose d’elle-même : quel est l’enjeu ? Que gagnera le vainqueur de ce combat ?
Une chose est sûre, le cercle lui cause un grand mal ; particularité qui ne doit pas être écartée ni oubliée.

Pile à la seconde où je réussis à sortir de ces affreux coussins qui embaument le chien mouillé, il s’écrit :

- Maintenant, place à la suite !

Thomas ne fait aucun bruit. Ses pas sont souples, presque aériens. J’essaie de l’entrevoir dans cette épaisse obscurité. Je pince les yeux, je me concentre, pointant une mire dans le vide. Pas de mouvements. Pas de respirations. Pas de tissus foulés.

Ses yeux ne coulent plus.
L’homme arbore même un sourire des plus narquois. Je dois rester sur mes gardes, faire attention au moindre mot que je prononce. La plus petite erreur peut me coûter énormément.

Un long foulard vermillon recouvre sa main droite.
Au-dessus de l’étoffe se trouve le cercle.

Bordel ! Il l’a retrouvé, rugis-je intérieurement.

L’étoffe semble étrangement malade : sur les contours et tout autour de l’objet s’étendent des nervures laiteuses. Des cris suraigus jaillissent de l’objet (comme des plaintes d’enfants qui ne désirent plus être portés), la surface du tissu bourgeonnent soudainement et se revêt d’étonnantes cloques rouges orangées qui le font apparaître comme le reflet exact d’un visage adolescent.

Thomas n’est plus rassuré. Le dégoût et la peur se lisent sur son visage mutilé. Sa lèvre supérieure se retrousse chaque fois que l’étoffe glisse d’un côté ou de l’autre. De l’autre main, il attrape la table basse sur laquelle était posé le mange-disque et dépose le tissu à son sommet.

- Tu reconnais ceci, lance-t-il en désignant le cercle du menton.

Il tente de me déstabiliser.
Je dois rester maître de mes émotions quoiqu’il arrive.

- Hum, hum ! C’est le truc que tu n’as pas voulu rattraper tout à l’heure.
- En effet, rétorque-t-il, les bras croisés et la mine placide.
- Où l’as-tu trouvé ?
- Là-bas, dans un coin. Il luisait comme une luciole.
- Il luisait ? Une petite seconde, ôte-moi d’un doute : tu es aveugle, non ?

Voilà. Malmène-le ! Essaie de faire germer le doute dans son esprit. Et si le doute ne marche plus, la peur est d’une utilité redoutable.

- Mes yeux ne voient plus.
- Mais… ?
- Si tu tranches les pieds d’un homme, crois-tu qu’il risque de ne plus jamais marcher de sa vie ?
- Sans pieds, c’est difficile.

A quoi est-ce qu’il joue ?

- Non, il rampera sur le sol.

Son air se singularise. Il prend l’avantage. Je dois réagir.

- T’as trouvé un bouquin zen au fond de ta cuisine et tu m’en récites quelques passages ?

Mouais, il y a mieux comme répartie.

- Arrache-lui les jambes et il utilisera ses bras pour se déplacer. Enlève lui les bras et il se mouvra comme un serpent.
- Où veux-tu en venir ?
- Ce n’est pas parce que je n’ai plus de globes oculaires, que la notion de vue m’est étrangère. Sans yeux, je vois toujours.

Il gagne du temps. Ou il m’en fait perdre. Ce salopard a un but en tête.
Vite ! Vite ! Trouve quelque chose !

- Et le foulard te sert à quoi ?
- Je refuse de tenir le cercle ; même au creux de ma main.
- Tu ne m’as pas expliqué clairement pourquoi.
- Je n’ai, tout bonnement, pas été au bout de mon explication. Mais ne soit pas si impatient. Tout vient à point qui sait attendre.

Ouch !

- Alors si tu ne peux rien faire de cet objet, pourquoi l’as-tu mis ici ?

Je n’aurais pas trouvé meilleure question.

- Pour pouvoir poursuivre mon exposé. Ma petite histoire n’est pas finie.
- Et tu as besoin du cercle pour cela ? demandais-je, curieux de la réponse qu’il allait me donner.
- Il est même indispensable. Le cercle lie chaque point de mon existence. Le cercle m’a conduit vers mon karma. J’irais même plus loin, ce cercle est mon karma. Certains le trouve en traversant la rue ; d’autre dans le placard d’une auberge. J’ai trouvé mon karma dans ce petit objet insignifiant.

Ce qui voudrait dire que le cercle ne lui est pas inconnu. Mais si je le possédais, comment pouvait-il savoir qu’il existait ?

- S’il est si précieux à tes yeux alors pourquoi le crains-tu ?
- Parce qu’il me fait souffrir !
- Tu me dis à l’instant que c’est ton karma alors que l’objet te procure de la souffrance. Il y a là un curieux paradoxe.
- Ils entourent nos existences, réplique-t-il, fier.
- Qui ça ?
- Les paradoxes. Chaque moments de notre vie sont des contradictions que nous devons surmonter afin d’accéder à la Rédemption.

Les Sillons mènent à la Rédemption.
Comme cette litanie que m’avait récité la Gardienne.
Si je suis son raisonnement, les Sillons sont mon karma ; ce qui implicitement voudrait dire que je dois retourner dans le Désert.

- Où as-tu apprit son existence ? dis-je, en craquant les articulations de mes doigts.
- Je l’ai reçu en cadeau.
- Comment cela ?
- Un présent de mes grands-parents paternels. Des mordus d’archéologie. Ils sillonnaient l’Afrique du Nord et sont tombés sur un nomade qui vendait des babioles pour survivre ; un mendiant aveugle d’après eux. Il l’aurait trouvé alors qu’il errait dans le désert. Le pauvre homme a cédé le cercle à mon grand-père pour trois fois rien. Je l’ai offert à ma fiancée pour sceller notre union. Après, j’ai du l’égaré quelque part et je n’ai jamais pu remettre la main dessus.

Il va nous jouer du violon dans quelques secondes. Je pense qu’il est temps de frapper fort ; très fort.

- Et tout ça, la mélancolie, la tristesse, les mouchoirs, les larmes… A qui la faute ? Au cercle ? A ta bien-aimé ? A toi ?

Le cercle se met subitement à grésiller ; le même bruit que fait le lard lorsqu’il frit sur une poêle. Thomas s’étend sur le canapé, cale un coussin sous sa nuque et pose ses mains sur son torse. M’attendant au pire, je rétorque aussitôt :

- Tout ça, c’est à cause d’elle ? Tu souffres à cause d’elle ? Elle a ruiné ta vie !
- Ce n’est pas n’importe qui… sanglote-t-il.

Je n’éprouve aucune pitié. Si je dois me tirer d’ici, ce doit être maintenant. Alors je vais me déchaîner.

- Tu sais, à notre époque, les femmes, on en croise tous les jours. Tôt ou tard, elles finissent toutes dans nos lits.
- Ferme-la ! hurle-t-il au point de m’envoyer des postillons sur le visage.

Je ne m’en rends pas compte immédiatement : l’alliance posée sur le foulard vibre et produit des pulsations qui font tourner la table basse. Dans un sens, puis dans l’autre.

Le regard de Thomas est noir et mauvais. S’il était un chien, il m’aurait déjà mordu, c’est sûr.

- Et toi tu te morfonds ! Mais vis ta vie ! Tire un trait sur tout ça. Le cercle est ton karma ? Alors recycle-toi ! Fabrique des roues !
- Tu ne sais rien ! Tu n’es RIEN ! Tu fais irruption dans ma vie et tu bouleverses tout ! TOUT !! maugréait-il.

Je suis en train de le rendre complètement dingue.

Vif éclair.
Un jet de lumière qui m’aveugle.
Tout est blanc.
Si blanc.
Un océan de lait ?
Une mer de sel ?

Thomas ne hurle plus.
Le cercle s’est tu.
Les vibrations se sont interrompues.
Plus rien ne bouge dans la pièce.

Un relent de brûlé s’engouffre dans mes narines.
L’odeur est abominable et répugnante.
Je pince mon nez et là je comprends : simulacre d’appendice couvert de boursouflures et de boutons douloureux.
Je demande à Thomas ce qui est arrivé.
Il n’a plus l’air d’être dans les parages.
Je continue de palper mon visage. Les lésions sont de plus en plus profondes et marquées. La chair a éclaté comme une saucisse mal cuite. J’imagine pouvoir introduire mes deux mains dans ces plaies meurtrières. Du sang semble s’en écouler. Du sang ou quelque chose comme ça. Des fils pendent sur ma peau, collés, englués dans une mélasse épaisse et granuleuse.
Je fronce les sourcils pendant une fraction de seconde et j’éprouve un déchirement insoutenable. Ma peau est craquelée comme l’est la croûte d’une pizza.
Pas étonnant que je ne puisse plus rien voir : mes orbites sont complètement dévorés.

Second temps mort.
Tentons de clarifier un peu les choses ; ou d’y apporter quelques éléments de réponses.

- l’aveugle et moi apparaissons comme les deux finalistes d’un jeu biscornu. Lâchés en plein désert monochrome, je suis parvenu à le trouver le premier. Cependant si nous concourions l’un contre l’autre, alors pourquoi n’a-t-il pas cherché à me retrouver ?
- en possession de l’alliance, je sais qu’elle peut lui faire mal. Mais si elle lui procure tant de souffrance, que cherche-t-il en elle ?
- étant tous deux au même niveau, le cercle est à nouveau en sa possession et ce qui lui est arrivé à lui m’est finalement arrivé : j’ai perdu la vue. Dans quel but ?
- ayant obtenu les mêmes « incapacités » que mon adversaire, nous sommes maintenant à armes égales. Il doit me conter la fin de son histoire. Suis-je supposé agir de la même manière ? Dois-je, comme lui, lui confier mes secrets et les raisons de ma présence ici ?

Mais ces réponses amènent inévitablement d’autres énigmes bien plus dramatiques :

- le cercle semble ôter la vue, mais est-ce bien là sa seule fonction ?
- si ces épreuves s’avèrent faire partie d’un jeu cruel, qui de nous deux triomphera ?
- que se passera-t-il à la toute fin ?
- le monde dans lequel nous sommes captifs, cessera-t-il d’exister ?

Je base tout cela sur des suppositions. Tout est peut être faux.
Comme tout peut être vrai.

A l’issue de cette périlleuse rencontre, tout peut basculer, tout peut être modifié, tout peut être remporter, comme tout peut être perdu.

Mon esprit s’obscurcit brutalement.
De petites lueurs bleuâtres apparaissent peu à peu devant moi.
De fins halos de lumière entourent chaque objet de la pièce.
Cela ressemble à des surfaces de grains de cobalts superposées les unes sur les autres et qui forment un voile pellucide.

J’aperçois Thomas.
Il se dresse devant moi, les bras placés perpendiculairement à son corps.
Sans avoir à me focaliser trop longuement, je parviens à discerner son petit sourire.
Ma vision est tout autre à présent.
Finalement, il n’avait peut-être pas tord.
Même sans les pièces appropriées, un homme voit. Et il voit certainement mieux qu’il ne l’aurait crut.
Sans posséder de rouages, de circuits, de puces électroniques, de pompes mécaniques, un homme n’est pas simplement qu’un homme : il est une machine complexe.

- Tu ne pouvais pas savoir cela. Voilà la vérité, dit-il en articulant exagérément chaque syllabe. Et oui, ce n’est qu’un jeu. Mais attention, pas n’importe quel jeu. On ne repart pas chez soir avec un trophée, l’âme sœur ou un paquet de fric. Personne ne nous filme ni envoi des SMS pour nous dégager à la fin de la semaine ! Non ! Non ! Non ! De toute façon, il n’y a pas de semaines, de mois, de jours, d’années ici. Rien que l’éternité devant nous.

Il reprend son souffle, pince ses lèvres puis reprend :

- Pourquoi jouer, me demanderas-tu ? Car je sais que tu te poses toujours un tas de question. Je dirais que nous combattons pour un but extrêmement noble et qu’aucun être humain n’a joué à un jeu aussi dangereux.
- Quel but ?
- Pourquoi es-tu si impatient ? Tu veux toujours tout savoir, tout connaître, tout apprendre à la minute. Je sais bien que l’on a qu’une seule vie mais quand même.

Je reste silencieux, le déclic se produit puis :

- Je sais ! Depuis le début, il était là. Je le possédais en arrivant dans le Désert. A présent il est ici. Mais pourquoi ?

Sans qu’il ait eu besoin de bouger les lèvres pour s’exprimer, je savais qu’il désignait psychiquement le cercle.

J’ajoute :

- Que vas-tu en faire ?
- Moi ? Rien du tout. Il n’est pas franchement utile dans le sens où il ne va pas me permettre de te faire disparaître de chez moi ; ou de remettre en ordre le foutoir qui tu y as mis.
- Alors à quoi te sert-il ?
- Disons qu’il est aussi utile à moi qu’il l’est au président du Zimbabwe !
- Je ne comprends pas.
- J’ai appris les règles du jeu. Tu peux aussi te casser la tête pour les trouver.

Je cache mon visage aux creux de mes mains et je réfléchis.
La solution n’est pas loin.
J’active mes neurones. Je fais fonctionner mes méninges.

J’étais dans le Désert.
Lui était dans cette pièce.
Il était aveugle.
Je ne l’étais pas.
Thomas n’a pas bougé de l’endroit où il se trouvait.
Je suis passé à travers un tunnel et je suis arrivé jusqu’à lui.
Nous sommes sur le même plan.
Je possédais le cercle.
Il est à lui désormais.
Et finalement je deviens aveugle.
Si, dans ce système de logique, nous prenons le chiffre 1 pour me désigner et le chiffre 0 pour désigner Thomas.
Dans le Désert, je suis 1 : je vois et j’ai le cercle.
Dans la pièce, Thomas est 0 : il ne voit pas et n’a pas de cercle.
Or, dans la pièce, je ne suis plus 1 car je suis non-voyant et que je ne possède plus rien. Je tends doucement vers 0.
Thomas, quant à lui, n’a pas traversé le Désert et est donc resté là où il était : il reste 0. Toutefois, il se trouve en possession du cercle. Peut-il accéder au rang 1 ? Non car il n’a plus ses yeux.
Ainsi, un objet clé est contenu dans son plan. Quelque chose qui lui permet de s’élever jusqu’au rang 1. Et donc, de devenir plus fort.

Sa main glisse lentement vers le col de sa chemise.
Une chaîne en argent pend autour de son cou.
Il déboutonne le haut de son vêtement, détache la chaîne et me demande de tendre la main.
Inconsciemment, je m’exécute.
L’objet émet une douce mélodie avant de tomber au milieu de ma paume.
Un pâle éclat émeraude étincelle et rutile comme si un soleil était emprisonné en son sein, comme si des milliards d’univers s’unissaient dans une symphonie spatiale.
Je détiens entres mes mains le plus beau bijou jamais confectionné par l’Homme. Je soupçonne même qu’il ne soit pas d’origine terrestre mais plutôt divine. Je songe à une guilde de mineur angélique qui irait jusqu’au confins du Cosmos pour dénicher ce genre de merveille.
Soudain, ce dernier s’alourdit considérablement et produit une source de chaleur incommensurable. Je le laisse échapper de mes mains. Qui sait ce qui aurait pu advenir de mes mains ? Elles auraient carbonisées ; tout comme mes yeux.

- Deux ! m’exclamais-je, stupéfait, estomaqué et légèrement nauséeux.

Thomas laisse échapper un ouep !

- Ça a toujours été…
- Et ce le sera toujours !
- Moi qui pensais…
- Tu te trompais !
- Pourquoi m’avoir caché cela ?
- Pourquoi te l’aurais-je dit ?
- Il n’y avait pas une mais deux alliances ! m’écriais-je, en m’éloignant du fauteuil sous lequel était glissé le monstre vert.
- Grand-père était un amateur de ce genre de chose. Le mendiant lui avait dit, qu’autrefois, l’alliance possédait une jumelle mais que celle-ci avait été perdue. Avec un peu d’acharnement, il est arrivé à ses fins et a mit la main sur le second objet.
- Alors à qui appartenait l’autre ?
- A ma fiancée…, articule-t-il difficilement, comme si une boule de glaise obstruait sa trachée. Elle l’a retiré lorsqu’elle est partie et ne la portera plus jamais.
- Tout à l’heure tu m’as dit que tu avais offert la grise à ta fiancée. A présent, elle serait en possession de la verte. Tu ne te ficherais pas un peu de moi ?
- C’est pas croyable, tu n’écoutes pas ce que je dis !
- Quoi ? m’indignais-je. Je ne fais que ça : t’écouter.
- Tu écoutes peut-être mal.
- Répète une fois encore, je ferais un effort de concentration.

La vue spectrale me permet de voir chaque mouvement, chaque posture, chaque mimique de Thomas. En ce moment, il contracte son visage tel une moue affreuse, faisant apparaître ses lèvres comme une ligne parfaite, pratiquement invisible. Ses sourcils semblent se densifier et son menton se prononcer davantage ; il a l’air d’avancer et risque même de toucher le sol.

- J’ai reçu en cadeau deux alliances : une verte et une grise. Jusqu’ici ça va ?
- Jusque-là, oui !
- J’ai offert la grise à ma fiancée…
- Ah ! m’exclamais-je furieusement. Je savais bien qu’elle n’avait pas pu prendre la verte.
- Hé ! Tu permets !

Il décrispe son visage, me transperce du regard et ajoute :

- Au départ, je n’en possédais qu’une seule.
- Tu as dit, deux secondes avant, que tu en avais reçu deux !
- J’essaie de rendre les choses plus limpides alors laisse-moi terminer !
- Vas-y ! Vas-y ! bégayais-je, énervé.
- Il s’est passé du temps avant que mon grand-père ne trouve la jumelle. C’est pour ça, que pendant un petit moment, Tess portait à son doigt, l’alliance grise.
- Mais pourquoi les avoir échanger ? Pourquoi puisque tu ne peux pas supporter ce cercle ?
- Parce qu’il le fallait.
- Pourquoi ? m’excitais-je. Pourquoi ? Donne-moi une seule raison. Je voudrais simplement comprendre. Parce qu’à chaque fois que tu ouvres la bouche pour me raconter ou pour me dire quelque chose, à la fin je m’y perds. Tu me fais penser à ce vieux fou dans son phare. Tu sais, dans le jeu télévisé ?
- Le père Fourras ?
- Tout à fait ! m’esclaffais-je en me frappant fermement la cuisse.

Nous rions de bon cœur, mettant de côté toute cette histoire.
Le débat recommencera, une fois encore, après l’extinction de nos gloussements enjoués. Je lui poserai des questions et il me répondra à côté, comme toujours.

Neth Arkal, comme aurait dit la Gardienne.



A suivre... mais à quand la suite ???
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Littleangel_be
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Lun 20 Sep 2004 - 17:44

La suite bientôt j'espere! jumping38
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Littleangel_be
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Lun 20 Sep 2004 - 19:49

Déplacement de la nouvelle en page 4 signe07ooops


Dernière édition par le Ven 1 Oct 2004 - 21:57, édité 3 fois
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maerlyn
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mar 21 Sep 2004 - 0:32

Vite la suite lol! je veux savoir si jessica va lire le tome 7 de la tour sombre! lol!
Serieusement, très bon début d'histoire. Je trouve les personnages attachants.
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tosca34
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mar 21 Sep 2004 - 19:35

Dites -la !! Vous étes énervant tous !!! Vous nous tenez en halaine avec des histoires vraiment super et tout d'un coup ... les mots : " a suivre " sont inscrit en bas de la page !!!
Il faut arréter de jouer avec nos nerfs !!! Deja qu'avec la tour ; ils sont plus farnchement trés solide ... alors ??? la suite !!!
Non franchement ces histoires sont super !!
'aurais jamais pu écrire un truc pareil !!
a quand la publication ??
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Littleangel_be
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mar 21 Sep 2004 - 20:11

[quote="tosca34"]Dites -la !! Vous étes énervant tous !!! Vous nous tenez en halaine avec des histoires vraiment super et tout d'un coup ... les mots : " a suivre " sont inscrit en bas de la page !!!
Il faut arréter de jouer avec nos nerfs !!! Deja qu'avec la tour ; ils sont plus farnchement trés solide ... alors ??? la suite !!!quote]
signe07ooops Ca va crie pas!! lol! J'y travaille mais il faut que je jongle entre le boulot de la maison, mon fils et bien sur il faut que je dispose du pc (dur quand mon homme est là Boulet ). Puis faut savoir comment écrire ce que l'on à en tête et ça c'est pas évident (du moins pour moi :scratch: )
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mer 22 Sep 2004 - 9:48

Muadusul a écrit:
J'ai commencé à lire la tienne mais je suis au regret de te dire que j'ai pas trop accroché... je sais pas c un air de déjà vu... j'sais pas c t tro connu pr pouvoir bien rentrer dedans...
Mais sinon le style d'écriture est pas mal, tu décris à merveille mais l'histoire jla truv un peu légère...

j'aurai aimé savoir pourquoi tu as trouvé que c'était déjà vu, parceque entre nous si tu me dis que ça ressemble à la Tour Sombre je peux te retourner la même obbservation, mais aussi car hier soir j'ai avancé dans le tome 5 de DT et j'ai été ébahi par la scène de Callahan dans l'étape de dilligence, ça ressemblait bcp à mon histoire... Ce qui est dingue c'est que j'ai écrite mon histoire avant d'avoir lu ce passage... C'est pour ça que tu as pensé ça ?
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Muadusul
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mer 22 Sep 2004 - 10:00

Bah... on va dire qu'en écrivant sur le désert... moi meme j'ai fai un peu de déjà vu... mais quand g comencer a lire la tienne ben jme suis dit kon été revenu au relais... tu vois ? ca m'avai paru trop proche ! Je pense qu'on devrait prendre le désert com point de départ et ensuite construire notre propre univers! En tt cas c com ça ke j'ai fait ! G prit l'idée d'u désert de sel et non plus jaune et sec mais blanc et piquant ! mon perso avance tel une plaie sur un océan de sel, chacun de ses pas est douloureux alors que toi, je c pa jtruv pa l'idée novatrice quoi ! Sans vouloir te vexer c encor une histoire qui se ratache à la tour ! C tro vu, tro souvent ! C com les types ki écrivent des histories du genre de matrix, c dja vu ! on peu s'en inspirer mais si c tro proche ca lasse o bout d'un moment !
jespere avoir repondu a ta question .
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thomas desmond
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MessageSujet: Re: DEUXIEME THEME D'HISTOIRES...   Mer 22 Sep 2004 - 11:00

tu verras dans la suite de l'histoire que cela n'a rien à voir avec la Tour...
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