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 Lumière

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Midaw
Junkie du forum


Nombre de messages : 2
Date d'inscription : 06/02/2013

MessageSujet: Lumière   Mer 6 Fév 2013 - 18:17

Voila, je me lance. Voici ma dernière nouvelle. Si de bonnes âmes pouvaient me dire ce qu'elles en pensent.

L'envie d'uriner.
Voila ce qui surnageait au-dessus du maelström qui bouillonnait entre ses deux oreilles.

Elle était recroquevillée en position fœtal, ses bras enserrant ses jambes, fesses au sol, menton posé sur le creux formé par ses genoux. Son dos etait logé dans un coin des murs de son salon. Il commençait à la faire souffrir sérieusement. Face à elle, un de ses deux fauteuils de velours.
Elle s'agitait doucement d'avant en arrière, dans le peu d'espace dont elle disposait. En silence.
Seule, pied nus, ses cheveux englués mimait une méduse. Elle portait son pyjama canari plus-criard-tu-meures. Avec cette envie d'uriner qui lui chauffait à blanc le bas-ventre.
La nuit peignait son univers d'une infinité de nuance de gris. Le ciel était le souvenir cendré de son plafond, le sol son carrelage froid et son horizon, le dos massif de son fauteuil. Gris, noir, glacial, une nuit polaire.
Malgré ses efforts, elle ne parvenait plus à se souvenir comment elle avait atterri là.
Ni depuis quand.
Dans son dernier souvenir, le soleil tirait doucement sa révérence, chamarrant le feuillage des arbres de leur jardin d'une récolte d'oranges éphémères. Dans son dernier souvenir, Eric était encore la.
Elle n'avait pas de montre à son poignet, et n'avait aucune vue sur la pendule du salon. Elle la devinait, pendue au clou enfoncé dans le mur, donnant inexorablement l'heure de ses aiguilles, avec ce bruit, l'écho infini de goutte à goutte d'une flaque qui redevient une flaque après un long voyage. Tic-Tic-Tic-Tic.
Et le frigo qui reprenant régulièrement sa respiration à la manière d'un apnéiste asthmatique.
Autant de mécanismes commensaux qu'elle ne redécouvrait que dans son cachot improvisé et qui la rendait dingue.
Elle voulait se lever pour les arracher, les fracasser, les pulvériser jusqu'à ce qu'il n'en reste rien que des miettes. Prémisse de silence.
Mais pour cela, elle devait ouvrir les yeux avant de se lever. Elle ne le pouvait. Elle était pétrifiée rien qu'a y penser par une terreur irrationnelle, incoercible.
Parfois l'esprit ne se souvenait plus, le corps si.

Une chose horrible s'était produite. De cela, elle était certaine.
Sa mémoire était comme un mur de brique dont on aurait détruit à la masse les rangées supérieures pour n'en garder que les bases. Et elle n'était pas sûre de vouloir regarder les briques éparpillées au sol. Elle le fit pour Eric, toujours les yeux fermés. Elle doutait qu'elle puisse un jour les rouvrir.
Elle resta un long moment sans le moindre résultat à son introspection. Puis comme une digue qui s’effondre, tout lui revint en bloc. Brutal comme un coup de poing dans l'âme.

Le début de soirée s'était plutôt bien présenté pourtant, seule avec son mari. David, leur fils unique était partie le midi pour une semaine de villégiature avec ses grands-parents. C'était l'occasion rêvée de se retrouver, pour elle et lui, que la vie prenait un malin plaisir à séparer au quotidien.
« Helen, que penses-tu de nous préparer un café pendant que je mets un DVD ? »
Il était lui aussi dans son pyjama ( un vrai couple de patachon ! Ils avaient ri quand elle l'avait dit). Il souriait. Son visage n'était plus aussi lisse qu'à leur rencontre, le ventre plus aussi plat, mais elle l'aimait tout autant. Sa voix de miel. Son sourire. Il tient un DVD à la main comme un trophée. La dernière comédie à la mode, dont elle lui avait parlé la semaine dernière.
Le DVD flotte dans l'air. Il rutile au grès de ses rotations. Comme une lune folle à la course oblique. Des cris. Aigus. Ses cris.

Elle grimaçait et secouait sa tête. Sa mémoire lui revenait vite ; trop vite. Elle tenta de faire une pause.
Dehors, un oiseau de nuit poussait son cri. Allait-il prendre son envol ? Allait-il resté sur sa branche ? Peut-être l'attendait-il ? Prends moi avec toi, pensa-t-elle. Alors sa mémoire cracha son ichor.

Eric avait ensuite fait un pas vers le lecteur de DVD, l'avait appelé sitôt qu'elle s'était retourné vers la machine à café.
Une tâche qui brille derrière lui, sur le mur, à côté de la tête de son mari. Son pourtour lumineux pulse. Eric ne sourit plus. Il pleure du pourpre. Langue gonflée dans une bouche béante. Veines saillantes sous une peau violacée. Ventre gonflé. Bras, jambes, cou qui se déforment.
Comme une baudruche qui transpire du sang.
Une baudruche qui gonfle et gonfle et gonfle.

Elle pleurait parce que maintenant elle savait, le regrettant presque.
Ils étaient au sol pour la plupart, un autre devait être dans le canapé. Les morceaux de son mari.
Sans compter le sang. Son sang. Partout. Les murs. Le sol. Les meubles. Les cadres. Ses cheveux. Ses vêtements. Sa peau. Sa bouche. Partout.
Il collait ce sang, coagulait le textile et l'épiderme en une croûte infâme. Lui entrait par les pores. S’immisçait au plus profond de son âme. Teintait de son pigment chaque parcelle de ce qu'elle fut.
Elle pleurait.
Elle court en hurlant vers la porte. Fuir. Vite. La lumière est près de la porte. Elle se déplace. Glisse sur le mur. Vient à sa rencontre.
Depuis, elle était dans ce coin, avec le fauteuil tiré à la va vite contre elle. Bouclier dérisoire.

Tic-Tic-Tic-Tic.
L'horloge égrainait ses gouttes d'eau pendant que le frigo prenait sa respiration. Helen avaient les encore yeux fermés, derrière son fauteuil, lorsque l'aube se leva. Elle s'était à peine rendue compte que sa vessie avait lâché.
Rien n'avait plus d'importance.

-

Un vrai sac de femme, avec son fouillis parfaitement organisé. Le flasque qu'Amandine vient de délester retrouve sa place entre un vieux paquet de mouchoirs et des serviettes périodiques. Une bonne cachette qui à déjà fait ses preuves. La brûlure de l'alcool insensibilise encore ses muqueuses lorsqu'elle claque la portière de sa voiture. Amandine se sent mieux lorsqu'elle écrase le bouton de sonnette de la maison de son amie.
Un peu mieux.
L'avantage avec la vodka, c'est qu'elle la soulage vite sans l'empester.
La porte s'ouvre au premier coup de sonnette dans une longue plainte. Eric n'aime notoirement pas le bricolage. Huiler les gonds de la porte d'entrée étant du bricolage, il se faisait un point d'honneur de ne pas y toucher. Il n'est pas fainéant, juste économe de ses gestes.
Amandine regarde Helen sur le pas de sa porte. Son amie à triste mine, avec son teint hâve et ses cheveux en pagaille. Elle garde sa main gauche sur sa nuque. Mais de cela, Amandine s'en moque.
-Bonjour Helen. Je ne te dérange pas ?
-Non, pas du tout.
-Tu es malade ?
-Juste un peu fatigué... et puis je dois m'être fait un torticolis. J'ai un mal de chien au cou.
-Je peux te laisser faire une sieste, si tu veux.
-Non, non. Entre.
-Tu devrais voir un médecin. Et puis tu devrais aussi dire à Eric d'être moins virulent la nuit.
Amandine ricane à sa saillie en passant le pas de la porte. Helen reste crispée.
-Tu m'avais dit que je pouvais passer prendre quelques vêtements de David pour Thibaud, tu t'en souviens ?.
-Oui, oui, bien sûr, dans son dressing … à l'étage.
-Oui, à l'étage, à moins qu'il ne range ses affaires à la cave.
Helen lance une œillade anxieuse vers l'étage.
-Je vais faire vite. Si tu veux un conseil, sitôt que je suis parti, met toi au lit ma vieille. T'a vraiment une sale tête.
Amandine regarde à la volée. Elle remarque à peine toutes les lumières allumées, le salon, la cuisine, même celle des toilettes.
-Tu es seule ?
-Oui, Eric est parti tôt ce matin.
-Et il va rentré tard ce soir, je présume ?
-Tu présumes bien.
Nouvelle œillade nerveuse d'Helen vers l'étage. Amandine sourit avec le plus de concupiscence dont elle est capable
-Bon on y va ?
Helen sursaute. Sa voix avait été plus cassante que ce qu'elle n'avait souhaité. La patience n'est pas la plus grande de ses qualités.
Amandine est pressée de mettre la main sur le jeans Levis qu'Helen lui a promis. Bien plus que Thibaud, pour la simple et bonne raison qu'il n'en verra jamais la couleur et n'était d'ailleurs même pas au courant que sa mère faisait le tour de ses « meilleures amis « pour lui refaire sa garde robe.
La vente sur Ebay des vêtements permettait à Amandine de se faire quelques petits plaisirs impossibles sinon.
Ce genre de plaisirs qui se sniff et qui la font se sentir plus cool.
Ce genre qui vous font vendre les bijoux de votre grand-mère à son insu, ou bien voler des parfums.
Ce genre dont on n'arrive plus à se passer et qu'il vous faut de plus en plus.
Elles prennent la direction de l'escalier. Helen ouvre la marche. Son pas traîne un peu. Derrière elle, Amandine pense au flasque dans son sac, avec son liquide incolore qui s'agite comme une petite mer intérieur. Elle a envie de la boire, de s'y plonger pour se sentir mieux, pour oublier son envie de poudre.

-

Trois jeans Levis gisent sur le couvre lit. A peu près de quoi se payer un gramme. Helen a due s’asseoir pendant que son amie pille les vêtements de son fils.
-Il met encore le Kaporal ?
Amandine à l’œil qui brille. Et aucune honte à profiter de l'état de son amie qui se laisse détrousser sans moufté. Dire qu'elle devait juste lui prendre un seul Jeans. Jackpot !
-Non, il ne le met plus.
-Ça t'embête si je le prends ?
-Non, va y.
Helen ferme les yeux. Sa tête dodeline. Va y endort toi ! Pense alors Amandine.
En le vendant bien, elle peut se prendre un deuxième gramme. Elle exulte.
L'instant d'après Helen se précipite hors de la chambre.
-Ou va tu ? Lui cri Amandine
-On a sonné à la porte. Prends ce que tu veux !
Les pas descendent l'escalier à la volée. De plus en plus éloignés. Puis le silence.
Amandine pose le Kaporal avec les autres.
Ce que je veux, pas de problème. Dans ce cas, je vais faire une descente dans ta chambre. Avec un peu de chance tu auras laissé un ou deux bijoux sur ta table de chevet.
Elle se glisse sans bruit hors de la pièce et pousse la porte de la chambre de son amie – ex-amie serait plus adéquat à présent – qui s'ouvre dans un souffle.
Amandine écoute. Silence. Rien. D'ailleurs, elle se rend compte qu'elle n'a pas entendu la sonnette avant qu'Helen ne descende. Ni sonnette, ni grincement de porte. Elle a envie de boire. Elle a envie d'un rail et renifle involontairement.
Ça pue ici. Une odeur capiteuse de barbaque avariée.
Et puis il y a la couette.
Plutôt ce qu'il y a dessous.
Un tas informe sur le lit d'Helen. Une couette le recouvre entièrement.
Elle respire mal. Un carcan étreint sa poitrine.
L'odeur. Le silence. Le tas.
Ses entrailles se glacent, l'envie de déféquer lui comprime les sphincters.
L'odeur. Le silence. Le tas.
Elle veut partir. Au diable les bijoux, les jeans et la poudre. Juste quitter cette maison. Quitter ce qu'il y a sur le lit. Elle recule d'un pas.
Elle ne sait pas ce qui se cache sous la couette, et ne veux pas le savoir, mais cela doit plaire aux souris, car il y en a une qui se balade dessous.
Une souris qui s’agite beaucoup.
Qui fait rouler la couette.
Qui la fait tomber.
Elle n'entends pas le bruit du tissus qui tombe. Elle le couvre par les bruits gutturaux de sa gorge lorsqu'elle vomie. Arc-boutée vers l'avant. A travers les doigts de sa mains droite qu'elle porte à sa bouche.
Amandine avait déjà eu l'occasion de voir lors d'un voyage à Cannes une copie des trophées remis tous les ans. Une compression.
Elle ne pensait pas qu'on pouvait en réaliser de même avec un être humain.
Viscères, membres, os, peau. Un agglomérat erratique. Un puzzle humain en vrac. Avec un œil unique au milieu des chairs qui vous regarde, et des doigts qui s’agitent sur le haut.
Hurlements à travers les restes de repas.
Nez à nez lorsqu'elle se retourne avec Helen qui tiens les montants de la porte avec ses mains. Ou plutôt une main droite, et une masse zébrée d'orange et de jaune à la place de la gauche. Des os en saillent.
Sa tête pends sur son épaule droite comme le peux le faire celle de certains chapons chez le boucher. Sa chemise souillée d'excréments. Elle sourit. Sa voix est pâteuse.
-Ne t'inquiète pas Amandine, on arrive beaucoup mieux à vous réparer maintenant.

Une lumière au mur.
Douleur.
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