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 La Parade !!!

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Muadusul
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MessageSujet: La Parade !!!   Dim 29 Oct 2006 - 16:05

LA PARADE

par Jérémy SEMET


Quand j’étais un petit garçon, mon père m’emmena voir une parade. On s’était levé très tôt ce matin-là rien que pour avoir de bonnes places. On ne voulait pas se retrouver dix ou vingt rangs derrière les autres juste pour regarder le haut des chapeaux multicolores qui gesticulaient.
D’immenses montgolfières montaient dans le ciel bleu de ce début de printemps comme autant de bulles remontant à la surface d’un verre de soda.
Du bout de la rue, on entendait le son des tambours. Les battons qui frappaient et frappaient encore la membrane tendue du tambour et qui me faisait penser à une sorte de marche militaire. Comme si au loin, le monde m’appelait pour que je me joigne à lui et que je le purifie de toute la cruauté de l’univers.
Les trottoirs étaient inondés par une marée de personnes, toutes pressées les unes contres les autres, un étrange sourire aux lèvres. Ce même sourire qu’on a le matin de Noël quand on attend avec impatience ses cadeaux. Comme lorsqu’on attend son premier rendez-vous galant, debout sur ce trottoir alors qu’il pleut tout autour et qu’on est la seule personne à sourire. Comme s’il on s’attend à quelque chose d’exceptionnel, de merveilleux.
Et moi au-dessus d’eux, confortablement assis sur les épaules de mon père, sensiblement plus grand que lui, mon regard se prolongeant jusqu’à l’horizon, j’avais cette impression de me sentir tout-puissant. Comme si tout ça m’appartenait. Comme si je contemplais quelque chose d’acquis.
Cette parade, d’après mon père, passait de ville en ville pour annoncer le printemps. Avec à sa tête un orchestre composé d’un trombone, d’une trompette, d’un triangle et de deux tambours, lui-même suivit par trois chars fleuris et décorés, tous fait de papier mâché. Le premier représentait un arbre meurtri, sombre - ployant sous le poids d’un ciel gris et chargé de nuages - ses branches recroquevillées autour du tronc, ses feuilles tombées et éparpillées à ses pieds. Le second, également en papier mâché, n’était rien qu’une sphère en polystyrène recouverte de longues langues en aluminium peintes en jaune éclatants et orange feu.
Et alors que l’orchestre s’avançait lentement, très lentement, au rythme de sa musique lancinante, comme faisant résonner quelque chose dans notre âme, dans notre cœur - et que le dernier char n’était toujours pas visible, cheminant, lui aussi, très très lentement -, le regard de mon père s’est tourné vers moi, il a remué les lèvres et m’a dit :

« Tu sais, mon papa, ton papy, m’avait emmené ici quand j’avais ton âge. Tout comme je le fais avec toi aujourd’hui. »

Quand on est gosse, on ne comprend pas tout ce que les grandes personnes disent. Elles parlent avec ce raffinement propre aux adultes. Mais mon père s’efforçait toujours pour que je puisse comprendre ce qu’il me disait.

« Mamy, ma maman à moi, n’était pas là lorsque ton grand-père m’a emmené voir cette parade. Tout comme ta maman n’est pas là non plus.
- C’est un truc de garçon alors ?, je lui ai demandé comme n’importe quel enfant l’aurait dit à ma place.
- Exactement, c’est un truc de garçon. »

Les battements des tambours retentissaient dans toute la rue. L’orchestre marchait au ralenti. Et le seul musicien de l’orchestre qui ne jouait d’aucun instrument, celui qui tenait une sorte de sceptre argenté, celui qui semblait mener la cadence, le chef pour ainsi dire, cet homme s’est approché d’un enfant dans la foule, l’a prit par la main et l’enfant s’est placé derrière lui. Le chef a recommencé une seconde fois puis une troisième jusqu’à ce qu’il y ait onze enfants formant une file indienne.
Puis il m’a regardé fixement dans les yeux et il m’a sourit. Et moi, sur les épaules de mon père, je tentais de me cacher derrière sa tête pour que le chef d’orchestre ne me voit pas. Mais il m’avait vu. Il semblait ne regarder que moi. Et mon père l’a vu aussi alors il m’a dit :

« Que veux-tu faire quand tu seras grand, Sam ? »

Le type au sceptre a demandé à l’orchestre d’arrêter de jouer mais a ordonné aux tambours de continuer. Et ils se sont mis à frapper dessus de plus en plus fort. On n’entendait plus que ça dans toute la rue. Ça résonnait partout comme dans une toute petite pièce fermée. J’ai essayé de cacher mes oreilles avec mes mains mais rien ne changea. Je les entendais toujours mais sans pour autant devenir sourd aux propos de mon père :

« Veux-tu sauver les gens, Samy ? Veux-tu être leur sauveur ? Veux-tu aider ces pauvres gens qui parcourent ce monde sans but ? »

Ma bouche s’est ouverte. Elle s’est ouverte si grand que je l’ai senti presque brûler. Je sentais presque le sang perler à la surface de mes lèvres. J’ai voulu crier mais aucun son n’est sorti. Le martèlements des tambours, sans doute. Le chef sortit du rang, faisant tourner son sceptre entres ses doigts, de plus en plus rapidement, et ça ressemblait aux hélices d’un hélicoptère tant ses mouvements étaient vifs. Maintenant quand j’y repense, je crois qu’il voulait m’hypnotiser. Et mon père de continuer, me soulevant bien haut au-dessus de sa tête, me faisant quitter le seul endroit où j’étais encore à l’abri, ses épaules :

« Pour cela, il te faudra combattre tes propres démons avant de pouvoir aider les autres. Il te faudra faire des sacrifices. Chaque jour de ta vie sera un nouvel obstacle sur ta route. »

Il n’y avait plus rien entre moi et l’homme au sceptre, ce chef d’orchestre étrange au regard fou et à la longue barbiche frisée. Et c’est alors que j’éclatai en sanglots, ouvrant ma bouche bien plus grand que tout à l’heure. Je jetai un regard désespéré, flou de larmes, en direction de mon père mais ce dernier restait parmi la foule et attendait. Il attendait que je rejoigne ce vieux timbré qui contrôlait la parade. Les gamins derrière le chef se tordaient de rire et se fichaient de moi en me pointant du doigt.
Par le passé, mon père avait répondu présent à l’appel de la parade lorsque son propre père l’y avait amené. Il ne s’était pas déballonné et avait suivit ce type au sceptre d’argent et le reste de sa vie en fut affectée à jamais.
La parade passait de ville en ville. Elle passait chaque fois que le printemps naissait et qu’il transformait la Terre de ses bienfaits.
Le chef d’orchestre leva son sceptre et la musique reprit toute entière. Les chars se mirent à nouveau en route. L’arbre mort et la soleil me dépassèrent rapidement. Puis vint le troisième et dernier char du défilé : trois nymphes drapées de soie légèrement transparente se jetaient des pétales de rose tout dansant sur un parterre de fleurs et de mousse, épiées par un ange en armure dissimulé derrière un arbre épais et feuillus. Et le visage de cet ange m’a sourit de son sourire angélique. Son armure scintillante sous ce soleil de début de printemps rutilait et renvoyait les rais de l’astre dans toutes les directions. Dans l’une de ses mains, l’ange tenait une épée. Une épée bizarre. Bien plus large que toutes les épées que j’avais pu voir dans les films. Cet ange dont le visage m’était familier : mon père. J’ai regardé à nouveau derrière moi et il avait disparut. Il m’avait remplacé sur le char alors que ça aurait dû être moi. Il voulait me confier la tâche d’incarner cet ange espiègle sur le char et je n’avais pas voulu. Je l’avais déçu ce jour-là. En rentrant à la maison, il n’avait pas dit un mot de ce qui s’était passé à ma mère.
C’était un truc de garçon.
Et la vie a reprit son cours. Sauf que je n’étais pas dans la parade.

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