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 Arthur Surin, seul contre tous

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thomas desmond
Prisonnier de Shawshank
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Nombre de messages : 529
Localisation : Tours
Date d'inscription : 15/07/2004

MessageSujet: Arthur Surin, seul contre tous   Lun 30 Oct 2006 - 14:19

Salut à tous,
Voici une des rares histoires que j'ai écrites cette année, et j'ose espérer qu'elle vous plaira, car pour moi c'est un peu un condensé de mon style, du moins ce que j'arrive à faire le moins mal... mais je vous laisse juger !



Arthur Surin, seul contre tous




En haut de l'arbre

Les ténèbres se teintent de gris et je peux observer le lever du soleil à travers les volutes épaisses d'un brouillard de toute évidence toxique. Je ne tousse toujours pas et ne ressens aucune douleur dans les poumons. Dieu soit loué.
Je suis assez mal installé en haut de mon arbre, à quelques mètres du sol, congélorifié. J'ai passé la nuit assis, ou plutôt, calé, sur une branche de vingt centimètres de diamètre, tantôt sur la fesse gauche, tantôt sur la droite, le postérieur aussi endolori qu'un ballon de football après une séance de tirs au but.
Le fusil de mon pauvre père a l’air soudé à la peau de mes mains. Il fait presque partie de moi dorénavant. Le cran de sûreté est retiré pour faire face à toute attaque subite de la bête sans collier.
La nuit a duré une éternité, d'autant plus que je n'ai pu fermer l'œil. Comment aurais-je pu, alors qu'ils étaient là, aux alentours, à tituber comme des damnés, en poussant des soupirs de pervers sous sédatifs ?
Après les crampes au cœur provoquées par mon marathon dans les rues du village, j'avais ressenti une sorte d'agacement viscéral à l'encontre de tous ces dégénérés. Une bande de macaques drogués, dont la seule préoccupation semblait être de trouver quelque chair humaine à croquer. Dieu sait à quel point je suis sensible, et pourtant, j'ai réussi à garder mon sang-froid, ce qui m'a permis d'échapper à ces pitoyables hordes de cannibales du dimanche.
Mon pauvre papa n'a pas eu pas cette chance.


Papa

La veille au soir, quelques heures plus tôt en fait, alors que j'achevais de classer par ordre chronologique ma collection de programmes télé, je l'entendis hurler comme un damné. Je savais qu'il était en bas, à regarder la télévision dans la cuisine comme à son habitude. Après l'avoir appelé à plusieurs reprises pour savoir si tout allait bien, et ne recevant pour toute réponse que des cris de plus en plus énergiques, je décidai avec raison de m'enfermer dans ma chambre, après avoir pris soin de me munir de son fusil (plus quelques cartouches à la robe rouge), que je savais caché derrière son armoire à chaussettes.
Là, tapi dans mon placard à manteaux d'hiver, j'écoutai attentivement. Cacophonie de hurlements distordus par la souffrance, mêlés à de curieux bêlements sauvages et apathiques... meubles qu'on renversait en dépit du bon sens et qui allaient cogner contre le verre des fenêtres... puis plus rien.
Rassuré par la pénombre chaude et silencieuse de mon armoire, dont l'atmosphère était parfumée de petits sachets de lavande achetés par correspondance, je me posais mille questions. Notre petite maison avait-elle été pillée par des singes mutants et friands de petits bonbons à la réglisse (j'en avais laissé tout un stock dans le placard au-dessus de l'évier) ? Une armée de maures en colère avait-elle investi notre petit village de banlieue ? Que faisaient les CRS, d'habitude si enthousiastes et ponctuels lors d'émeutes bruyantes et impromptues ?
Je gardai le fusil bien contre moi, prêt et résolu à décharger la foudre sur qui (ou quoi) oserait m'attaquer. Le bout de mon index commençait à suer le long de la fine détente d'acier.
Quelques heures après la bousculade, satisfait du silence ambiant, je me décidai à sortir de ma cachette, en sueur. Après avoir rapidement expédié le classement de mes revues, je me risquai dans le couloir et m'approchai de l'escalier qui menait au rez-de-chaussée.
J'appelai mon père plusieurs fois, en vain, et fut plutôt surpris d'entendre des pas monter les craquantes marches de bois.
Je toussotai à plusieurs reprises pour prévenir l'intrus de ma présence, mais je vis bientôt la tête paternelle apparaître au détour du virage escalièresque. Sans réfléchir, j'épaulai la pétoire et mis papa en joue, tout en essayant de prendre un peu de recul pour ne pas me cogner au montant du chambranle.
Je l'avertis que s'il ne manifestait pas un peu plus de retenue dans son avancée, j'allais devoir tirer. Il avait mauvaise mine, un œil dégoulinant sur sa joue mal rasée, les cheveux ébouriffés en dessous de bras, tout le bas de la mâchoire absent, et une moitié de langue ressemblant à un foie de volaille pendant sans grâce vers ses cordes vocales grossièrement mises à nu.
Têtu comme à son habitude, il persista dans sa lente escalade et je dus me résoudre à faire feu. Le plomb se planta en plein dans sa tête, avec forces éclaboussures. Je crois même avoir reçu quelques gouttelettes de son sang tiède sur le front.
Ecœuré par la saleté, et quelque peu contrarié d'avoir dû le blesser, je tournai les talons et filai droit vers la salle de bain où je me barricadai. Très vite, j'entendis papa gratter à la porte, en poussant de nouveaux soupirs atones, ridicules et ennuyeux.
Tout en me savonnant vigoureusement le visage avec un gant de crin, je l'admonestai copieusement sur son attitude délirante et immature, mais je ne crois pas qu'il m'entendit, à cause du bruit de l'eau coulant dans la vasque.
Après une rapide douche qui me permit de me décontracter un peu, je débloquai la porte-fenêtre qui donnait sur l'arrière-cour de notre maison, et je jetai un coup d'œil à l'extérieur. Il faisait très noir mais la lumière des lampadaires de la rue distillait un peu de son halo jaunâtre sur la petite ruelle où je prévoyais de sauter pour m'enfuir. Pris de remords, je retournai auprès de la porte de la salle de bain derrière laquelle mon père semblait toujours stationner.
– Papa, je vais faire un tour, d'accord ? désolé pour le coup de fusil mais je t'ai pris pour un cambrioleur. Je reviens avec des pansements d'accord ?... (pas de réponse bien sûr) Et des cigarettes pour toi ok ? Allez...
Soudain, un rugissement bestial me tétanisa. Ça venait de derrière la porte, dans le couloir ! Est-ce que papa s'était pris pour un dragon ? Tout à coup la porte subit les assauts violents d'une espèce de bête enragée. J'entendis de nouveau beugler (peut-être était-ce papa), et je me décidai à fuir cette maison de fous. Je me hissai sur le rebord de la fenêtre et sautai courageusement dans le vide.


Le village assiégé

Je heurtai le béton mal dégrossi avec lourdeur, et mon corps assez enveloppé roula brutalement dans un buisson d'orties vénéneuses, le canon du fusil me pénétrant douloureusement dans les côtes.
Hurlant et pleurant comme un enfant, je regrettai de ne pas avoir assez de force et de détente pour pouvoir regagner la salle de bain, où j'aurais pu trouver dans le petit placard quelques compresses et sprays de secours. Mes mains me brûlaient atrocement, et je maudissais mon père intérieurement d'avoir eu la négligence de ne pas entretenir cette arrière-cour insalubre.
Je me relevai péniblement, en piteux état, les genoux de mon pyjama tout déchirés, les pieds tétanisés par la brûlure infligée par la chute et les urticacées, le côté réduit à une boule de douleur... Mais j'étais debout, un peu décoiffé il est vrai, prêt à en découdre avec toute la vermine qui avait osé pénétrer dans mon logis.
Un fracas dantesque explosa au-dessus de moi, dans la salle de bain. On venait de toute évidence d'enfoncer la porte, que j'avais l'hiver dernier repeinte avec style et talent au pochoir.
Ravalant les jurons qui me montaient aux lèvres, je décidai de fuir cet endroit de moins en moins fréquentable.
Je m'avançais jusqu'au coin de la maison et observais la rue. Quelle fut ma surprise quand j'aperçus mes voisins, pour la plupart en haillons, certains entièrement nus. Rougissant, je reculai dans l'ombre et tentai de reprendre mes esprits. Un cri vulgaire tonna presque à mon oreille. Je fis volte-face, le fusil braqué en l'air, et découvris, ébahi, l'infâme monstruosité qui avait osé réduire à néant mon œuvre picturale.
Chien de l'enfer, toutou d'Hadès, cerbère défiguré par l'acné, je n'aurais su qualifier avec justesse cette chose. Mais sa gueule, pleine de dents assez irrégulièrement plantées, me força à tirer de nouveau un coup de fusil.
Sans même prendre le temps de vérifier la qualité de mon tir, je m'enfuis en trottinant, et débouchai très vite sur la rue principale.
Exténué par ma vive course, courbé en deux par le point de côté qui menaçait de porter un coup fatal à mon cœur fragile, j'avais presque oublié la proximité de mes voisins, tous de sortie à cette heure tardive.
Alors que je m'apprêtais à me redresser, une main poisseuse enserra ma cheville.


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thomas desmond
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MessageSujet: Re: Arthur Surin, seul contre tous   Lun 30 Oct 2006 - 14:19

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L'affrontement

J'assenai sans remords un rude coup de crosse à la tête disgracieuse de ma boulangère, lui arrachant au passage un morceau de cuir chevelu. Sans m'excuser, je me dégageai de sa prise et reculai de quelques pas pour masser ma cheville échauffée. Cette imbécile de commerçante avait eu la méchante idée de me saisir à l'endroit même où les orties m'avaient déjà mutilé. Plein de rage, je lui jetai un regard courroucé, ce qui ne sembla pas l'émouvoir. Elle avait la même attitude que mon père quelques instants plus tôt, et la blessure (assez vilaine) que je venais de lui infliger ne semblait pas lui causer le moindre ennui. J'essayai d'oublier ma rancune et décidai d'engager le dialogue.
– Mme Pichavot, vous m'entendez ? c'est moi, Arthur Surin, le fils de monsieur Surin, l'ancien facteur, vous savez ?...
La grosse bonne femme rampait vers moi, ses doigts sales griffant le bitume.
Que faire ? J'étais un peu perdu, fatigué. D'autant plus qu'il commençait à faire frisquet. Je regardais ma montre, 22h28 ! Que faisais-je en pleine rue à cette heure délirante, vêtu de mon seul pyjama, un fusil à la main, quelques gênantes cartouches dans les poches, et des brûlures cuisantes plein le corps ? Ce devait être un cauchemar.
Un impressionnant chahut envahit la rue et je fus témoin d'une scène incroyable. Une femme, ou plutôt une nymphe, tout droit sortie d'une toile de Poussin, presque totalement dévêtue, courait à ma rencontre. Choqué et hypnotisé par sa mise quelque peu outrageante, je ne fis pas tout de suite attention aux andouilles qui la poursuivaient.
Un véritable escadron de noctambules, les bras dressés à l'horizontale devant eux, poussant ces désormais familiers soupirs de baudruches dégonflées, venaient d'investir la rue. Je fis le lien avec mon père et la boulangère : ils avaient tous le même comportement, comme si on leur avait retiré le cerveau, avant de le remplacer par un flanc aux pruneaux.
Quelle tristesse !
Cette vision désespérante me rappela un vieux film que j'avais visionné avec mon père dans la cuisine, mais son nom m'échappait. Il y était question d'une station service, me rappelai-je confusément.
Sans doute rassurée par mon port altier et l'arme redoutable que j'avais en ma possession, la jeune femme vint se blottir contre moi, les yeux écarquillés, en poussant de petits cris d'angoisse. La pauvre enfant était au bord de la crise de nerfs. Au comble de la confusion, je bredouillais quelques questions sans queue ni tête tout en essayant de me dégager de cette grotesque étreinte. Mais la péronnelle m'agrippait comme un jambon.
– Allons-nous-en ! vite ! ils arrivent ! s'écria-t-elle, la voix oscillant au-dessus d'un gouffre d'hystérie.
Je l'immobilisai et la regardai droit dans les yeux, avec autorité.
– Mademoiselle, il n'y a rien à craindre. Ces dégénérés sont aussi mous que des serpillières, et cette arme que j'ai empruntée à mon père est parfaitement adéquate pour repousser leurs pénibles intentions.
Mais elle regardait derrière mon épaule, les yeux aussi arrondis que des soucoupes. Agacé par son manque d'attention, je me retournai en soufflant, et constatai que l'ubuesque cohorte n'était qu'à quelques mètres de nous. Je reconnus, avec peine, quelques visages déformés par ce mal dément qui semblait s'être propagé dans le village. Irrité par leur manque de distinction, j'enrageai.
– Reculez, bande de gros bêtas lubriques, et laissez donc cette pauvresse en paix ! Sinon vous tâterez de ma carabine ! tonnai-je, tel Zeus enguirlandant sa perverse génitrice.
Nullement embarrassés par mes injonctions, les gugusses continuèrent leur lente progression, bavant et bêlant comme à leur habitude.
Je conseillai à la demoiselle de s'écarter et brandis mon instrument sur le gros Bérurier, ce couvreur moustachu filou qui avait extorqué une fortune à mon père pour quelques tuiles arrachées par une bourrasque. J'appuyai sur la gâchette et un clic retentit. Quel insouciant ! J'avais oublié de recharger ! Pestant dans ma moustache, je fouillai mes poches à la recherche des cartouches.
Derrière moi, la nymphette se remit à crier.
– Attention ! reculez ! ils vont vous attraper !
– Silence, s'il vous plaît ! vous me déconcentrez ! m'écriai-je d'un ton vexant.
Je sortis les deux cartouches vides et glissai deux neuves. Mais au moment de redresser l'arme, une main arrogante empoigna le canon et le tira.
– Lâchez ça, voulez-vous ! rugis-je tout en reculant.
Le gros Bérurier lâcha et je pus le viser entre les deux yeux. La détonation explosa et fit revenir un silence salvateur dans la rue, théâtre de cette scène démentielle. Le gros couvreur malhonnête s'effondra au sol, les jambes agitées de tremblements nerveux et pathétiques.
– Partons, s'il vous plaît, ils sont trop nombreux ! dit la blondinette tout en m'attrapant par la manche de mon haut de pyjama.
– Suffit ! vous allez tout me le détendre à le tirer comme ça !
Nous nous éloignâmes à grands pas, et je ne pus m'empêcher d'épier le corps jeune et ferme de mon alliée, uniquement couvert d'une petite culotte et d'un soutien gorge d'un goût douteux, tout en dentelle rose.
– Où comptez-vous aller comme ça, jeune fille ?
– A la cabine téléphonique, il faut qu'on appelle la police !
– La police ? Mais vous avez vu l'heure ? On ne dérange pas les gens à une heure pareille voyons... Pour le réveillon peut-être mais...
Elle se planta face à moi et me lança un petit regard furibond.
– Vous avez une autre idée ? vous pensez avoir assez de cartouches pour abattre tout le village ?
– Changez immédiatement de ton avec moi, je vous prie, nous n'avons pas usé les bancs d'école à la même époque !
– Mais quel gros balourd vous faites, ma parole, cracha-t-elle avec mépris.
Elle fit demi-tour et s'enfuit en courant le long de l'église. Elle se dirigeait de toute évidence vers la cabine téléphonique qui faisait face à la petite épicerie.
Malgré le ressentiment, mon instinct chevaleresque reprit le dessus et je la suivis, sans toutefois reproduire son allure. Je marchais d'un bon pas, aux aguets.
Je me postai devant la cabine, telle une vigie, mettant en joue les quelques macaques qui se traînaient à proximité. Elle était à l'intérieur, trépignant et ronchonnant.
– Toutes les lignes sont occupées, tu m'étonnes ! fit-elle en sortant.
– Ils ont sûrement débranché pour ne pas être dérangés si tard, ajoutai-je d'un ton suffisant.
– Qu'est-ce qu'on fait alors ? demanda-t-elle.
De toute évidence, elle attendait une réponse de ma part. Peut-être même une brillante idée. Quelques pauvres fous isolés nous avaient repérés, et se dirigeaient droit vers nous. Cela devenait vraiment barbant.
– Je propose que nous nous rendions près de la rivière, du côté des terrains de sport. Là, nous pourrons prendre place dans des arbres et attendre tranquillement le lever du jour.
– Vous pensez qu'ils ne pourront pas grimper ?
– J'en doute fortement, ils ont déjà du mal à marcher, je les imagine mal jouer les tarzans.
– Et demain, qu'est-ce qu'on fera ?
– Demain ? Eh bien nous attendrons que la police, les CRS, ou l'armée, qui sait, viennent soigner ces pauvres gens avant de les ramener chez eux, dans leur lit, avec un bon bouillon qui les revigorera rapidement.
La nymphe me regardait avec effronterie.
– Vous êtes complètement timbré vous...
– C'en est trop ! m'exclamai-je. Je n'ai pas le temps de rester là à écouter vos insultes puériles et dénuées de toute raison. Je m'en vais chercher un arbre ! A bon entendeur...
– Je viens avec vous !
– Faites ce que vous voulez, je n'ai que faire de vous ! vociférai-je en me détournant.
Je partis d'un pas rapide, sans vérifier si elle me suivait bel et bien. Une petite grand-mère s'approcha de moi, en robe de nuit toute fanée, la bouche édentée et la peau du crâne à moitié volatilisée. Pauvre vieille, pensai-je en lui accordant un puissant coup de pied à la poitrine, qui l'envoya rouler misérablement contre le caniveau.
– Vous êtes inhumain ! me lança la nudiste dans mon dos.
– Je ne pense pas avoir quémandé le moindre avis sur mon attitude, que je sache. Laissez-moi en paix, petite effrontée !
Avant qu'elle n'ait pu répondre, un nouveau cri de bête, que je reconnus comme étant le même qu'il m'avait été donné d'entendre dans ma salle de bain, déchira la torpeur de la rue.
Tout en accélérant le pas, je me retournai et assistai à une nouvelle scène affreuse. Le chien de l'enfer, ridicule croisement entre un doberman et un lion de la savane, se jeta sur la nymphette toutes griffes dehors et se mit à la mordre un peu partout. Elle hurla à l'aide et fut très vite réduite à l'état de chiffon ensanglanté. Qu'aurais-je pu faire ? gaspiller une pauvre balle pour ce molosse aussi large qu'une jeep ?
Je dévalai en courant la rue de l'église, les nerfs tout crispés par la douleur infligée à mes pauvres pieds nus. Je passai devant la mairie et tournai à droite pour rejoindre la promenade. Lancé à toute vitesse, je ne jetai que quelques regards au décor qui défilait autour de moi, et constatai que les dégénérés étaient maintenant légion ! Ils étaient partout, lents comme des limaces. Jamais ils ne m'auraient, j'étais une bille d'acier dans un jeu de flipper dément, et j'avais en tête de rejoindre au plus vite un arbre aux branches assez hautes pour échapper à la bête qui venait d'attaquer la pauvre jeune fille en sous-vêtements. La pauvresse avait payé le prix fort pour son inconscience.
A bout de souffle, au bord de la paralysie générale, j'atteignis enfin un arbre correspondant à mon besoin. Après forces efforts, je parvins à me hisser sur une première branche, m'égratignant au passage de nouveau les pieds. Les pauvres petons auraient eux aussi besoin d'un bouillon bien chaud dès mon retour à la maison. Je me promis de garder le lit un bon mois avant de les solliciter à nouveau.
J'optai pour une branche assez épaisse et lisse, et je me calai le plus confortablement possible. La nuit se déroula lentement, sans que le cerbère enragé ne se montre.


Au petit jour

Il fait moins sombre tout d'un coup. Le brouillard puant s'est levé et je peux espionner les alentours. Quelques pochards somnambules traînent encore de ci de là. J'en aperçois même un, vêtu d'une salopette barbouillée de sang, en train de se noigner lamentablement dans la petite rivière, pourtant profonde d'à peine trente centimètres.
Mais que fait la police ? Est-il encore trop tôt pour qu'ils fassent leur tour d'inspection ? Pourtant je les avais déjà surpris au petit jour devant la boulangerie, les mains pleines de sachets rendus graisseux par les viennoiseries qu'ils contenaient.
Ma montre indiquait 6h30, cela faisait plus de sept heures que j'étais perché sur ma branche, comme une vieille chouette armée. Allais-je oser descendre pour regagner rapidement le confort rassurant de mon logis ? Allais-je devoir attendre encore quelques heures avant que les forces de l'ordre ne viennent rétablir ce dernier ? Et s'ils ne venaient pas ? Si les gendarmes du canton avaient aussi été victimes du curieux fléau que je n'aurais su nommer ? Et si ce fléau ne se cantonnait pas aux limites du village, s'il s'étendait à tout le département, à la région, au pays... au monde ? Et si j'étais le dernier homme, le dernier représentant d'une race en voie de (très proche) disparition ? Quel honneur cela serait, tout bien considéré, même si mon pyjama ne seyait guère à ce nouveau statut honorifique. Il faudrait que je passe à la maison pour préparer une petite valise avec quelques habits plus corrects.
Les projets s'assemblaient dans mon esprit en fusion, des rêves de grandeur, d'épopée. Un monde nouveau s'offrait à moi, un monde où je serais libre d'aller où bon me semblerait, un monde silencieux et calme. Mais c'était vite les bandes de macaques qui devaient infester les métropoles... Pourquoi ne pas explorer les campagnes... peut-être rencontrerais-je quelques survivants qui se rangeraient à ma cause, derrière mon étendard, fiers soldats trop heureux d'avoir à leurs côtés un chef de ma stature, un nouveau Paton.
Plein de dynamisme et de fougue, je descendis rapidement de mon arbre, branche par branche, ignorant la douleur qui se réveillait dans mes pieds... Armez-vous de courage, superbes arpions, nous allons conquérir le nouveau monde (il me faudrait trouver un véhicule, pensai-je avec justesse), lui rendre toute sa gloire, rétablir l'ordre naturel et réparer les erreurs innombrables causées par la course à la modernisation, en dépit du plus élémentaire bon sens... Monde, me voilà !


FIN
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